Trade and Sustainability Review de l’IISD, juillet 2026
Le choc d’Ormuz : les voies de la résilience
Ce numéro de l’IISD Trade and Sustainability Review examine les effets de la fermeture du détroit d’Ormuz, depuis son début jusqu’à la fin du mois de mai, en tirant des leçons de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique latine et des Caraïbes, de l’Asie centrale, de l’Europe et du système commercial mondial sur la manière de faire face aux chocs énergétiques et aux interruptions commerciales à l’avenir.
Lisez les numéros antérieurs de Trade and Sustainability Review ici.
Introduction
Pendant des décennies, la fermeture du détroit d’Ormuz était un risque que les analystes évoquaient au conditionnel. Fin février 2026, ce conditionnel est devenu réalité : à la suite des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, cette voie maritime, par laquelle transite environ un quart du pétrole transporté par voie maritime dans le monde – et près de 30 % des engrais commercialisés à l’échelle mondiale –, a été de fait fermée à la navigation commerciale. Plusieurs mois plus tard, malgré un protocole d’accord signé en juin entre les États-Unis et l’Iran et une reprise partielle du trafic, les volumes de transit, les primes d’assurance et les itinéraires maritimes restent, à l’heure où nous écrivons ces lignes, loin de la normale. Quelle que soit la forme finale d’un accord, la crise a déjà livré son enseignement principal : dans une économie mondiale en voie de fragmentation, la dépendance à l’égard d’un point d’étranglement unique – qu’il s’agisse d’énergie, d’intrants ou d’accès aux marchés – constitue une vulnérabilité stratégique. Ce numéro de l’IISD Trade and Sustainability Review va au-delà des gros titres sur les cours du pétrole pour examiner les repercussions de la fermeture sur les régions et les secteurs, et ce que les gouvernements peuvent faire pour renforcer leur résilience avant le prochain choc.
Yana Popkostova commence son analyse à 2 000 kilomètres au nord du détroit, en Asie centrale enclavée, où la crise a coupé le corridor sud tant convoité par la région vers l’océan Indien et risquait de la replonger dans la dépendance vis-à-vis des routes russes et chinoises – un miroir édifiant, selon elle, pour la quête d’autonomie stratégique de l’Europe elle-même, fondée sur la connectivité, les infrastructures et des partenariats de confiance.
Darcie Doan se penche sur l’agriculture, en retraçant un écho historique saisissant : 128 ans après que les chimistes ont été mis au défi de mettre fin à la dépendance mondiale vis-à-vis des nitrates chiliens importés, un blocus militaire a une nouvelle fois coupé l’approvisionnement en intrants qui nourrissent la planète, et la crise pourrait marquer un tournant vers une utilisation plus intelligente de l’azote et des systèmes alimentaires plus résilients.
William George et Lynn Hughes évaluent l’effet de point d’étranglement à travers l’Asie, en comparant comment les vastes réserves de la Chine et son industrie chimique basée sur le charbon, les stocks du Japon et le secteur vietnamien des plastiques dépendant du naphta ont façonné trois expériences très différentes d’un même choc.
Enrique Millán-Mejía et Ignacio Albe examinent l’Amérique latine et les Caraïbes, où la perturbation des approvisionnements en pétrole et en gaz ont alimenté l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, et identifient les domaines dans lesquels l’investissement dans la production énergétique nationale et les énergies renouvelables pourrait renforcer la résilience à long terme.
Enfin, David Beer se penche sur le choc combiné que connaît l’Afrique, marqué par la hausse des coûts du transport maritime, de l’énergie et des engrais, mais aussi sur les opportunités qu’il révèle, depuis l’expansion des capacités de raffinage et l’essor des ports de l’est et du sud jusqu’au potentiel inexploité du commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Ensemble, ces articles défendent une thèse commune : la résilience ne se construit pas au cœur des crises, mais dans les choix opérés entre celles-ci – diversifier les itinéraires et les fournisseurs, investir dans les capacités régionales et garder toutes les options ouvertes à l’ère de la fragmentation.
Bonne lecture,
Maria Barral
Articles
La tyrannie de l’enclavement : La valeur des options à l’ère de la fragmentation
Alors que les perturbations dans le détroit d’Ormuz ont des répercussions bien au-delà du Moyen-Orient, l’Asie centrale et l’Europe se voient rappeler que la résilience ne repose pas uniquement sur les ressources. Yana Popkostova explique comment, dans un monde de plus en plus fragmenté, l’autonomie stratégique se construit grâce à la connectivité, aux infrastructures et à des partenariats de confiance.
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Ce que la crise du détroit d’Ormuz nous enseigne sur la vulnérabilité stratégique de l’agriculture
La fermeture du détroit d’Ormuz a interrompu 30 % du commerce mondial d’engrais, provoquant un choc des prix et soulevant des questions urgentes sur la fragilité des systèmes alimentaires. Darcie Doan explique ce que cette crise révèle de notre dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement volatiles et pourquoi elle pourrait marquer un tournant vers une utilisation plus rationnelle de l’azote et une résilience à long terme.
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Comment le blocus d’Ormuz a frappé l’Asie : L’effet de point d’étranglement sur la Chine, le Japon et le Vietnam
La fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué une onde de choc sur les marchés énergétiques de toute l’Asie, les pays étant exposés à des degrés divers selon leurs réserves, de leurs chaînes d’approvisionnement et de leurs capacités en énergies renouvelables. William George et Lynn Hughes évaluent comment la Chine, le Japon et le Vietnam font face aux effets de cette situation et ce que cela révèle de l’état de la sécurité énergétique dans la région.
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L'impact de la guerre en Iran sur les perspectives économiques de l'Amérique latine et des Caraïbes
La guerre en Iran a perturbé les approvisionnements en pétrole et en gaz en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz, entraînant une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt en Amérique latine et dans les Caraïbes. Enrique Millán-Mejía et Ignacio Albe identifient les pays les plus exposés et examinent comment des investissements dans la production énergétique nationale et les énergies renouvelables pourraient renforcer leur résilience à long terme.
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Fermeture du détroit d'Ormuz : Implications pour la résilience commerciale de l'Afrique
La crise au Moyen-Orient met à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement africaines, alors que le trafic maritime mondial étant désormais détourné vers le cap de Bonne-Espérance, ce qui entraîne une forte augmentation du trafic portuaire. David Beer examine les implications de ce changement pour le continent et la manière de transformer ces perturbations en avantages durables pour le commerce régional.
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