Languages +
Read in: English
Three women harvest rice in a field. Two bend down to grab rice while the third stands and looks back at the camera.
Success story

Grâce à une stratégie nationale en matière d’agriculture biologique, l’agriculture malgache s’ouvre au monde

Les agriculteurs malgaches pratiquent l’agriculture biologique depuis des décennies, mais en l’absence de certification officielle, ils peinent à se faire une place sur les marchés internationaux. De nouvelles initiatives menées par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire offrent aux petits exploitants agricoles la possibilité d’atteindre l’échelle et le niveau d’intégrité requis pour percer sur ces marchés, et plus de 60 000 agriculteurs en bénéficient.

Par Steffany Bermúdez, Warren Hardie on 29 juin 2026

Le défi : combler le fossé entre l’agriculture traditionnelle et les marchés mondiaux

Madagascar possède une richesse écologique considérable, mais son économie demeure très vulnérable. C’est l’une des régions névralgiques de la biodiversité mondiale ; cependant, avec une économie dominée par l’agriculture, les revenus de sa population dépendent de ses riches ressources naturelles. Il est essentiel de trouver le juste équilibre entre la protection de la nature et le renforcement de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance, et l’agriculture biologique contribue à combler ce fossé.

Depuis des décennies, de nombreux producteurs malgaches pratiquent l’agriculture sans recourir aux engrais chimiques et aux pesticides coûteux qui caractérisent l’agriculture industrialisée mondiale. Cependant, bien qu’ils utilisent des méthodes naturellement durables, la plupart des agriculteurs ne bénéficient pas de la reconnaissance officielle ni des certifications bio nécessaires pour accéder aux marchés internationaux. En l’absence de normes soutenues par le gouvernement, les producteurs sont de fait pénalisés pour leurs pratiques, alors que ce sont justement ces pratiques qui protègent leurs terres arables. Sans cette certification, l’agriculture traditionnelle n’est pas en mesure de bénéficier d’un avantage économique concurrentiel.

Pour remédier à cette situation, la société civile malgache a plaidé en faveur de l’élaboration d’une nouvelle stratégie nationale pour l’agriculture biologique, menée par le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (aujourd’hui le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire). Dans le cadre de sa mise en œuvre, cette initiative teste actuellement des « territoires à vocation agricole biologique », des zones exclusivement réservées à l’agriculture biologique où les marchés locaux, les réseaux de consommateurs et l’agrotourisme peuvent être développés et étendus. Cette stratégie vise à améliorer la sécurité alimentaire et la santé publique, à protéger l’environnement et à obtenir la reconnaissance officielle de la production biologique requise pour transformer le secteur agricole malgache en un moteur de croissance économique durable.

Malagasy farmer plowing rice field with two zebu
Un agriculteur laboure une rizière à Madagascar, où le riz est la principale culture et la principale denrée d’exportation du pays / iStock

Remédier à l’absence de cadre national

Le secteur de l’agriculture biologique malgache a été entravé par l’absence d’un cadre national susceptible de stimuler sa croissance. L’absence de stratégie gouvernementale intégrale, des ressources limitées et un manque de données techniques et commerciales ont empêché le pays de rivaliser à l’échelle mondiale.

Bien que l’agriculture certifiée bio se soit développée à Madagascar ces dernières années, elle n’a pas encore atteint son plein potentiel. De nombreux producteurs n’ont pas bénéficié du soutien et des incitations nécessaires à la transition vers l’agriculture biologique. Les exportateurs de cultures à forte valeur ajoutée, telles que le cacao, la vanille et les épices, sont également confrontés à d’importants obstacles au commerce. Bien qu’ils produisent des denrées de classe mondiale, de nombreux producteurs ne disposent pas des capacités requises pour se conformer aux prescriptions de durabilité indispensables à l’accès aux marchés bio lucratifs d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie.

Mais le gouvernement a pris conscience de cette occasion manquée et a décidé d’agir. Sous la houlette de Haintsoa Nirina Rakotomainty, directrice de l’unité pour l’Agriculture biologique, et de Marina Rakotoniaina, directrice de la Direction d’appui à l’Organisation des Producteurs et à l’Agrobusiness (DOPAB) au sein du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, il a lancé un plan de mise en œuvre unique et ambitieux visant à développer l’agriculture biologique pour qu’elle représente un cinquième de la superficie agricole totale du pays.

Définir la proposition de valeur de Madagascar grâce à une évaluation technique

« L’IISD est intervenu en 2019, lorsque nous avons commencé à collaborer avec les parties prenantes malgaches pour soutenir l’élaboration de la stratégie nationale », a expliqué Steffany Bermúdez, experte en marchés durables à l’IISD. Parmi ces parties prenantes figuraient le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ainsi que le Syndicat malgache de l’agriculture biologique (SYMABIO), l’organisation représentant les agriculteurs bio à Madagascar. « Nous avons proposé une analyse des politiques et des marchés ainsi que des recommandations stratégiques, tout en étudiant les possibilités d’élaborer une norme nationale en matière d’agriculture biologique à Madagascar afin d’aider les petits exploitants à adopter ce mode de production ».

À la demande de l’unité pour l’Agriculture biologique du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, l’IISD a mené une évaluation des risques et des opportunités afin d’examiner la faisabilité de l’élaboration d’une norme nationale en matière d’agriculture biologique, et d’analyser la compétitivité de Madagascar sur les marchés, dans le but de développer l’agriculture bio et d’accroître les opportunités commerciales avec les marchés traditionnels et émergents.

À la suite de cette évaluation, un atelier multipartite réunissant des responsables politiques, des petites et moyennes entreprises ainsi que des acteurs du secteur, s’est tenu en novembre 2020 afin de présenter les résultats de la recherche et de définir des pistes stratégiques pour développer le potentiel du secteur de l’agriculture biologique à Madagascar. Le rapport technique qui en a résulté a contribué à l’élaboration et à l’amélioration de la version finale de la Stratégie nationale de Madagascar pour l’agriculture biologique, officiellement lancée en janvier 2021. Cette stratégie vise à favoriser une croissance verte, à augmenter les revenus des petits exploitants, à renforcer leur capacité à adopter les pratiques de l’agriculture bio, à stimuler les exportations de produits à forte valeur ajoutée tels que les épices, le cacao et la vanille, et à développer le marché intérieur. Elle établit un cadre réglementaire et institutionnel pour le secteur bio, renforce les chaînes de valeur locales et améliore la résilience face au changement climatique.

En 2020, le gouvernement malgache a publié la loi n° 2020-003 sur l’agriculture biologique dans le but de promouvoir l’agriculture biologique dans le pays. Cette loi refléte l’engagement national en faveur du développement du secteur par le biais de recherches ciblées, d’un soutien technique et de la commercialisation des produits bio destinés tant à l’exportation qu’au marché intérieur. Elle comprend également des mesures visant à prévenir la contamination des cultures biologiques et à faciliter la participation financière des petits exploitants, par exemple en reconnaissant les systèmes participatifs de garantie comme une méthode de certification valable. En résumé, elle vise à préserver les savoirs traditionnels et la biodiversité, ainsi qu’à protéger à la fois les producteurs et la santé des sols.

La loi et la stratégie étant en place, il était temps de les mettre en pratique. La collaboration de l’IISD avec le ministère de l’Agriculture et SYMABIO a évolué pour se concentrer sur la mise en œuvre. Ils ont œuvré ensemble sur deux principaux aspects : la création de territoires à vocation agricole biologique et l’appui aux producteurs en matière de développement commercial et de liens avec les marchés. 

Le modèle des « territoires à vocation agricole biologique » : développer la production grâce à des pôles biologiques

Dans un premier temps, le gouvernement malgache a souhaité tester la faisabilité des Territoires à vocation agricole biologique (TVAB) dans les régions de Diana, Sava et Analanjirofo. Ces pôles sont conçus pour faire évoluer l’agriculture à petite échelle vers un modèle d’exportation à grand volume de produits biologiques. En regroupant les producteurs, les TVAB visent à réaliser les économies d’échelle nécessaires au commerce international, permettant ainsi aux agriculteurs de partager les coûts liés à la formation technique, aux équipements de transformation et à la certification. Les TVAB ont également pour objectif d’intégrer d’autres acteurs locaux susceptibles de contribuer au développement du secteur biologique, tels que les entreprises d’écotourisme, les marchés agricoles et les supermarchés.

Le modèle des TVAB fait également office de zone tampon environnementale. La gestion des paysages selon des protocoles collectifs de culture biologique protège les cultures contre le ruissellement de produits chimiques et la contamination croisée. Cela permet de garantir la traçabilité et l’intégrité exigées par les acheteurs haut de gamme, en regroupant les petites parcelles au sein d’une marque commerciale biologique compétitive. Ces territoires ont été officialisés par la loi de 2020.

L’IISD a soutenu la mise en place des TVAB en élaborant des feuilles de route concernant leur conception, leur structure et leur mise en œuvre. Ce processus a notamment consisté à mener des entretiens avec des acteurs internationaux, tant gouvernementaux que non gouvernementaux, ayant déjà mis en œuvre des projets similaires. Les experts ont tiré les enseignements de leurs expériences et élaboré une feuille de route décrivant les différentes phases de la mise en place des TVAB, telles que la réalisation d’une évaluation agricole territoriale participative, la création d’un comité chargé d’élaborer et de mettre en œuvre le plan d’action, ainsi que la planification de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation, sans oublier les conditions nécessaires à leur opérationnalisation. Cette analyse a aidé le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage à concevoir les projets pilotes, qui constituent désormais la pierre angulaire de la stratégie du gouvernement en matière d’agriculture biologique.

« Ces territoires contribueront au développement local inclusif en intégrant les agriculteurs locaux dans les chaînes de valeur. Cela favorisera le renforcement de leurs capacités et leur garantira des sources de revenus durables. Ils deviendront ainsi plus autonomes et mieux à même de se conformer aux prescriptions réglementaires », a déclaré Mme Rakotomainty. « Grâce au soutien de l’IISD, le ministère a pu affiner le concept des TVAB, en évitant les erreurs susceptibles de compromettre leur mise en œuvre ».

« Ces territoires contribueront au développement local inclusif en intégrant les agriculteurs locaux dans les chaînes de valeur. Cela favorisera le renforcement de leurs capacités et leur garantira des sources de revenus durables ».

Haintsoa Nirina Rakotomainty, directrice de l’unité pour l’Agriculture biologique au sein du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire

Mettre les producteurs malgaches en relation avec des acheteurs internationaux

L’IISD a également apporté sa contribution en fournissant aux acteurs malgaches du secteur biologique des données et des informations commerciales spécifiques sur la production, la consommation et les opportunités commerciales des produits biologiques sur les marchés internationaux et régionaux. Il a notamment aidé le gouvernement à définir les produits certifiés biologiques à privilégier pour l’exportation, tels que la vanille, les plantes médicinales, les épices et le cacao. Il a également fourni des informations sur les marchés à cibler pour l’expansion commerciale, et comblé des lacunes critiques en matière d’informations nécessaires à la planification des politiques et à la mise en conformité réglementaire sur les marchés biologiques européens et nord-américains.

Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ainsi que le SYMABIO ont confirmé que l’analyse de l’IISD constituait une source principale de données sur le marché du bio, contribuant ainsi à soutenir des décisions éclairées quant aux domaines dans lesquels concentrer les efforts et les stratégies dans le but d’ouvrir de nouveaux marchés. Ces conclusions aideront également l’Observatoire de l’agriculture biologique, un nouvel organisme national créé pour surveiller les marchés, à fournir des informations en temps réel aux acteurs locaux et à définir les politiques et les stratégies de commercialisation.

Dans le cadre de ce processus, l’IISD a organisé en avril 2025 une table ronde interentreprises, mettant en relation des exportateurs de cacao avec des acheteurs canadiens, des organismes gouvernementaux et des organismes d’exportation. Nomena Andoharijaona, ingénieure agronome et responsable qualité chez l’exportateur « Les Aromatiques Bio du Sambirano », a souligné l’intérêt de ces échanges : « Le principal avantage réside dans la confiance et la fiabilité qu’ils contribuent à instaurer entre acheteurs et fournisseurs. Ils offrent un cadre rassurant pour établir un premier contact ».

Les acheteurs potentiels ont salué la grande qualité, le profil aromatique unique et le faible risque de contamination croisée du cacao biologique malgache. Ces interactions directes ont permis aux acheteurs de prendre en compte les besoins spécifiques des producteurs, qui sont généralement relayés par des intermédiaires ou des courtiers.

IISD's Steffany Bermudez meeting Malagasy producers at SIAL Canada
En avril 2026, Steffany Bermúdez, de l’IISD, a rencontré des producteurs malgaches au Salon international de l’alimentation (SIAL) Canada, l’un des plus grands événements agroalimentaires d’Amérique du Nord, afin de les mettre en relation avec des acheteurs canadiens.

La voie à suivre : relever les défis réglementaires mondiaux 

Depuis le lancement de la stratégie, l’agriculture biologique à Madagascar a progressé de plus de 60 %, passant de 103 817 hectares en 2020 à 169 893 hectares en 2024, représentant environ 0,4 % de la superficie agricole totale. Le nombre de producteurs biologiques a également augmenté, passant de 54 376 en 2020 à 62 000 en 2024. Malgré cette augmentation des surfaces agricoles biologiques, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour soutenir une croissance plus forte et garantir le succès à long terme de cette transition. « La prochaine étape consiste à renforcer les capacités des producteurs en matière de systèmes de contrôle interne afin de garantir l’intégrité de la certification biologique, qui représente actuellement l’un des principaux freins pour les organisations de producteurs malgaches », a déclaré Mme Rakotomainty.

Parmi les autres priorités figurent le soutien à la mise en œuvre complète des territoires biologiques afin d’optimiser la couverture géographique et le développement des relations entre entreprises, ainsi que la fourniture d’informations actualisées sur les marchés biologiques pour éclairer la prise de décisions commerciales.

Malgré des progrès tangibles, plusieurs défis persistent. L’on peut notamment citer la mobilisation de financements suffisants pour poursuivre l’expansion internationale, ainsi que le renforcement des capacités des pouvoirs publics afin d’étendre la mise en œuvre à plus grande échelle. Madagascar doit également s’adapter à l’évolution des prescriptions réglementaires sur les marchés clés. Par exemple, le règlement de l’Union européenne sur la déforestation exigera des exportateurs qu’ils prouvent que leurs chaînes d’approvisionnement ne contribuent pas à la déforestation dans plusieurs secteurs de matières premières, dont celui du cacao. Pour répondre à ces exigences, un soutien coordonné de la part des bailleurs de fonds, des agences gouvernementales et des acheteurs internationaux sera nécessaire.

« Grâce à ce projet, nous avons appris qu’un soutien durable, apporté par le biais de partenariats locaux stratégiques couvrant la recherche, la stratégie et l’accès aux marchés, est essentiel pour aider les pays à s’orienter vers un commerce plus durable et plus inclusif », a déclaré Mme Bermúdez. Si vous souhaitez rejoindre ce partenariat afin de soutenir les efforts de Madagascar, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse [email protected].

__

L’IISD tient à remercier le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire pour son soutien et sa collaboration tout au long de ce projet.

Madagascar Ministry of Agriculture and Food Sovereignty logo