En 1987, la Commission mondiale de l'environnement et du développement (la Commission Brundtland) exprimait le souhait que soient adoptées de nouvelles méthodes de mesure et d'évaluation des progrès en faveur du développement durable. Ce voeu a été formulé à nouveau dans le cadre d'Action 21, le plan adopté au Sommet de la Terre de 1992, et d'autres rencontres tant locales qu'internationales. Des efforts considérables ont donc été consentis en ce sens par de grandes sociétés, des organisations non gouvernementales, des universitaires, des collectivités, des pays et des organisations internationales.
En novembre 1996, un groupe international de spécialistes de l'évaluation et de chercheurs des cinq continents s'est réuni au Centre d'études et de conférences de la Fondation Rockefeller à Bellagio, en Italie, pour faire le point sur le chemin parcouru et la synthèse des leçons à tirer des examens pratiques en cours. C'est ainsi qu'ont été établis et adoptés à l'unanimité les principes énoncés ci-après.
Ces principes constituent des lignes directrices à suivre à toutes les étapes du processus d'évaluation depuis la sélection, la conception et l'interprétation des indicateurs jusqu'à la communication du résultat. Parce qu'ils forment un ensemble dont les éléments sont interreliés, il convient de les appliquer tous. Ces principes visent à faciliter la réalisation et l'amélioration des activités d'évaluation des groupes locaux, organisations non gouvernementales, grandes sociétés, gouvernements nationaux et institutions internationales.
Ces principes traitent de quatre aspects de l'évaluation des progrès en faveur du développement durable. Le premier principe porte sur le point de départ de toute évaluation, c'est-à-dire sur l'établissement d'une vision du développement durable et sur la formulation d'objectifs clairs fournissant une définition concrète de cette vision en des termes utiles pour les décideurs. Les principes 2 à 5 portent sur le contenu de toute évaluation et sur la nécessité de conjuguer la perception du système dans son ensemble et l'examen pratique des problèmes prioritaires de l'heure. Les principes 6 à 8 traitent d'objectifs clés de l'évaluation, les principes 9 et 10 portant plutôt sur le besoin de prévoir des capacités d'évaluation permanentes
Vision et objectifs
Une vision claire du développement durable et des objectifs définissant cette vision doivent guider l'évaluation des progrès vers le développement durable
Perspective globale
L'évaluation des progrès vers le développement durable doit :
comporter un examen du système dans son ensemble et de ses éléments constituants
porter sur la situation des sous-sytèmes sociaux, environnementaux et économiques, leur état ainsi que la direction et le rythme de l'éventuelle modification de cet état, de même que de leurs composantes, et sur l'interaction entre ces composantes
examiner les conséquences tant positives que négatives de l'activité humaine d'une manière propre à en déterminer les inconvénients et les avantages pour les systèmes humains et environnementaux en termes monétaires et non monétaires
Éléments fondamentaux
L'évaluation des progrès vers le développement durable doit :
prendre en considération l'équité et la disparité au sein de la population actuelle et entre les générations actuelles et futures, au regard de préoccupations telles que l'utilisation des ressources, la surconsommation et la pauvreté, les droits de la personne et l'accès aux services, selon les circonstances
se pencher sur les conditions écologiques indispensables à la vie
porter sur le développement économique et les autres activités non rémunérées qui contribuent au bien-être humain/social
Portée adéquate
L'évaluation du progrès vers le développement durable doit :
couvrir un horizon temporel assez étendu pour que s'y insèrent les échelles de temps propres aux humains et aux écosystèmes, de façon à répondre aux besoins des générations actuelles et futures tout en permettant la prise de décisions à court terme
définir un champ d'étude assez vaste pour que soient prises en considération les répercussions tant locales qu'éloignées des interventions sur les personnes et les écosystèmes
tirer avantage des conditions historiques et actuelles pour prévoir l'avenir — où nous voulons aller, où nous pourrions aller
Centres d’intérêts pratiques
L'évaluation des progrès en faveur du développement durable doit se fonder sur :
un ensemble explicite de catégories ou un cadre structurel comportant des liens entre, d'une part, la vision et les objectifs et, d'autre part, des indicateurs et des critères d'évaluation
un nombre limité de points clés à analyser
un nombre limité d'indicateurs ou de jeux d'indicateurs afin que les progrès apparaissent clairement
la normalisation des mesures chaque fois que les circonstances le permettent afin de rendre les comparaisons possibles
la comparaison des valeurs des indicateurs avec les objectifs, les valeurs de référence, les champs, les seuils ou l'orientation des tendances, selon les besoins
Ouverture
L'évaluation des progrès vers le développement durable doit :
rendre les méthodes et les données utilisées accessibles à tous
rendre explicites tous les jugements, hypothèses et incertitudes dans les données et les interprétations
Communication effective
L'évaluation des progrès vers le développement durable doit:
être conçue de façon à répondre aux besoins de la clientèle et des utilisateurs
mettre à profit des indicateurs et d'autres outils stimulants propres à retenir l'attention des décideurs
privilégier dès le début la simplicité des structures et le recours à un langage clair et simple
Vaste participation
L'évaluation des progrès en faveur du développement durable doit:
encourager la participation générale de groupes populaires, professionnels, techniques et sociaux clés, notamment des jeunes, des femmes et des peuples autochtones, afin d'assurer la reconnaissance de valeurs différentes et en évolution
garantir la participation de décideurs de façon à assurer une prise directe avec les politiques adoptées et les interventions en découlant
Constante évaluation
L'évaluation des progrès vers le développement durable doit:
permettre le développement de capacités d'évaluation permanente aux fins de l'établissement des tendances
être itérative, souple et adaptable au changement et à l'incertitude compte tenu de la complexité des systèmes et des fréquentes modifications qui leur sont apportées
permettre l'ajustement des buts, cadres et indicateurs en fonction des idées nouvelles
favoriser l'apprentissage collectif et la rétroaction à la prise de décision
Capacité institutionnelle
Pour garantir la permanence de l'évaluation des progrès vers le développement durable, il convient :
de répartir clairement les responsabilités et de fournir un soutien constant aux responsables du processus décisionnel
de fournir la capacité institutionnelle indispensable à la collecte des données, à leur gestion et à la documentation
d'appuyer le développement d'une capacité d'évaluation locale