Récits, résilience climatique et équité au Sénégal : les femmes prennent la parole

Deux femmes montrent les arches qu’elles vont ensemencer : Binetou Sonko

Deux femmes montrent les arches qu’elles vont ensemencer : Binetou Sonko

Contexte

Dans le cadre du projet Natur'ELLES, IISD (Institut International pour le Développement Durable) en partenariat avec SOCODEVI, a livré une formation sur la photographie et la narration visuelle aux femmes leaders dans les deltas du Sine Saloum et de la Casamance. Cette formation fait partie des modules du programme de leadership féminin piloté par SOCODEVI dans le cadre dudit projet.

L'objectif est de doter aux femmes un outil de plaidoyer pour leur agentivité climatique.

Les femmes pratiquent les compétences acquises suite à la formation livrée par IISD
Photo par Bineta Fall, Conseillère Régionale en égalité des genres à SOCODEVI

Les gardiennes de Sipo se mobilisent face à l’érosion côtière

Par Fatou Ndong, Sipo (Îles du Saloum)

Je m'appelle Fatou Ndong, femme leader issue du village insulaire de Sipo, situé dans l’Aire Marine Communautaire Protégée (AMCP) de Bamboung.

Crédit photo: M. Lamine Diop

Sipo est une perle rare. Elle est reconnue pour sa beauté naturelle et son attrait touristique. Mais aujourd’hui, ce joyau est en danger. L’érosion côtière gagne du terrain chaque jour. La mer avance si rapidement qu’elle a déjà atteint plusieurs habitations, dont la mienne. Si rien n’est fait, Sipo risque tout simplement de disparaître.

La belle Île de Sipo , menacée par l’érosion côtière
Photo par Fatou Ndong (2025)

Face à cette menace, nous n’avons pas baissé les bras. Grâce au projet Natur’ELLES – nous, les femmes de la communauté – nous nous sommes mobilisées pour mettre en place des fascines, un système simple mais puissant, fait de bâtons, pour freiner l’avancée de la mer. Ce sont nos mains, notre force, notre espoir qui ont bâti des palissades pour contrer l’avancée de la mer.

Photo des fascines mis en place par les femmes de Sipo et leur communauté pour ralentir l'érosion côtière
Photo par Fatou Ndong (2025)

Avec un suivi régulier, ces actions peuvent faire la différence. Mais nous avons besoin de soutien. Je lance aujourd’hui un appel à tous les partenaires, institutions, ONG et citoyens·nes engagés·e·s : venez soutenir la préservation de Sipo.

Ce village est bien plus qu’un point sur la carte. Il est le berceau d’un patrimoine vivant, connu à travers le monde, notamment grâce à la figure emblématique de la reine Fatou Mané. Ne laissons pas disparaître ce symbole de résilience et de culture.

L’inspiration par l’action climatique des femmes avec l’ensemencement des arches

Binetou Sonko, Joal (Sine- Saloum)
Photo par M. Lamine Diop

Je me nomme Binetou Sonko, présidente de l’association Mboga Yaay, leader établi du projet Natur’ELLES.

Il y a quelques années, nous avons vécu une crise : pendant cinq ans, il n’y avait presque plus d’arches. Cette ressource devenait rare, sauf dans les vasières reculées. C’est là qu’une idée simple et déterminante m’est venue : aller chercher les arches loin et venir les ensemencer ici dans nos lagunes.

L’ensemencement d’arches que j’ai initié a transformé bien plus que nos vasières : il a révélé la force des savoirs féminins, renforcé le leadership des femmes et ouvert de nouvelles perspectives économiques pour ma communauté.

L'initiative a permis d’améliorer nos rendements et aujourd’hui, nous cuisinons nous-même les produits que nous tirons de la mer pour les revendre dans notre restaurant communautaire. De plus, nous les transformons nous-même pour les revendre dans la boutique du groupement d'intérêt économique (GIE). Les revenus que nous gagnons profitent aux membres et même à la communauté car nous participons à la construction des infrastructures comme la mosquée.

Restaurant communautaire du groupement d'intérêt économique, Mboga Yaay
Photo par Binetou Sonko (2025)

Je n’ai appris cette méthode sur les arches dans aucun livre. Je ne suis ni scientifique, ni universitaire, mais j’ai de l’expérience. J’ai l’habitude d’observer, de suivre les espèces, de comprendre les rythmes de la nature et, surtout, j’ai la volonté d’agir.

Aujourd’hui, je suis fière d’avoir transmis ces compétences en formant les membres du comité de gestion de l’AMCP de Joal et plus de 200 femmes membres des GIE de la zone.

Nous avons relancé cette activité, et grâce à elle, l’arche est à nouveau disponible. Nos revenus se diversifient, notre autonomie s’élargit, et nous protégeons l’environnement en respectant strictement les périodes de repos biologique.

Ce que nous faisons, ce n’est pas seulement produire : c’est protéger et transmettre des compétences. Nous, femmes du littoral, ne sommes peut-être pas des scientifiques, mais nous sommes des actrices du changement. Nous sommes toutes des pionnières de solutions locales pour la protection des écosystèmes de mangrove

Absa Diagne: Le reboisement, une arme des femmes contre le changement climatique

Je suis Absa Diagne, femme leader et surveillante de l’Aire et territoire du Patrimoine Autochtone Communautaire (APAC) de Djilor Djidiack. Depuis 17 ans, je m'engage activement dans la préservation de notre environnement, une mission souvent dominée par les hommes, mais que j'ai choisie pour sa vitalité et son impact.

L’APAC de Djilor Djidiack n’est pas seulement un espace protégé : c’est un héritage culturel et spirituel.

Absa Diagne au sein du GIE de Djilor Djidiack
Photo par M. Lamine Diop (2025)

L’APAC de Djilor Djidiack n’est pas seulement un espace protégé : c’est un héritage culturel et spirituel. Au-delà de sa richesse écologique, elle incarne notre identité, nos croyances et nos pratiques ancestrales. En tant que surveillante, je m’engage chaque jour à faire respecter les règles de gestion, à préserver notre héritage traditionnel et à garantir un usage durable des ressources de l’APAC de Djilor Djidiack.

La photo que je vous présente illustrent l’impact positif de notre action de reboisement de rôniers. Cette initiative a participé à la restauration des zones dégradées et au renforcement de la biodiversité locale. Elle est le fruit d'un travail collectif, impliquant femmes, hommes et jeunes.

Les roniers et le paysage de l’APAC de Djilor Djidiack
Photo par Absa Diagne (2025)

Malgré notre détermination, il est essentiel de disposer de matériel et d'équipements appropriés pour mener à bien cette mission en toute sécurité. Des outils adaptés facilitent le travail, réduisent les risques et augmentent l'efficacité de nos actions. Un soutien en ce sens serait un investissement direct dans la préservation de notre patrimoine naturel et culturel.

La Calebasse : un outil de conservation avec plusieurs autres avantage
Photo par Absa Diagne (2025)

Au-delà de sa richesse écologique, l'APAC incarne notre identité, nos croyances et nos pratiques ancestrales. En tant que surveillante, je m’engage chaque jour à faire respecter les règles de gestion, à préserver notre héritage traditionnel, et à garantir un usage durable des ressources de l’APAC Djilor Djidiack.

La Calebasse: un outil de conservation avec plusieurs autres avantage

Marie Diao : une fierté du programme de leadership féminin du projet Natur’ELLES

Je m’appelle Marie Diao, j’ai 55 ans et je suis mère de 6 enfants – 2 filles et 4 garçons. Je travaille comme vendeuse de légumes, de « thiéré » (couscous à base de mil ou de riz), de lait frais et de lait caillé.

Avant j’étais timide et ne pouvait pas parler en public. Mais, à la suite de ma participation au programme de leadership féminin de SOCODEVI, ma confiance en moi-même s’est renforcée et j’ai candidaté à un poste de leadership.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

C’est ainsi que j’ai été élue présidente de la coopérative de groupement d'intérêt économique (Jappo liguèye) qui regroupe 19 organisations situées dans 17 villages. Nous transformons nos produits locaux nous-mêmes et les vendons dans notre boutique.

Séchoir de produits locaux utilisé par le GIE
Photo par Marie Diao (2025)

Aujourd‘hui, Je me sens responsable de transmettre les compétences acquises lors des formations de SOCODEVI aux jeunes femmes de mon organisation, afin qu’elles puissent aussi renforcer leur propre confiance en soi et qu’elles osent prendre leur place dans la gestion des ressources naturelles.

Deux femmes en activité dans les séchoirs
Photo par Marie Diao (2025
)

Dans un avenir proche, j’aspire à devenir conseillère municipale et à prendre la présidence de l’organisation des éleveurs·euses de la commune de Toubacouta. J’aimerais même occuper un poste plus élevé au niveau régional. Pourquoi pas ?

Aux décideurs·euses politiques et aux partenaires internationaux, je lance un appel pour un soutien renforcé, tant matériel que financier, afin de nous aider à consolider nos fonds et mener à bien nos activités. L’engagement de tous les partenaires à nos côtés est crucial pour garantir la stabilité et la pérennité de nos projets. Nous comptons sur leur action rapide et décisive pour faire face à nos différents défis.

Fatou Bodian : Quand la mer menace les habitations, Fatou Bodian dirige en mobilisant des femmes

Je suis Fatou Bodian, présidente du GIE Récuplast et femme leader du projet Natur’ELLES.

Notre groupement œuvre pour le développement social et la protection de l’environnement, au cœur des communautés côtières de Palmarin.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

Aujourd’hui, je souhaite vous parler d’un fléau silencieux mais destructeur : l’érosion côtière. Elle menace notre quotidien et nos activités, mais surtout nos habitations. Dans notre village, des familles entières vivaient dans la peur de voir leur maison s’effondrer sous l’assaut des vagues.

Maisons détruites par l’érosion côtière à Palmarin
Photo par Fatou Bodian (2025)

Mais l’espoir est revenu grâce au soutien de SOCODEVI et ses partenaires. Avec l’installation d’épis maltais et de palissades, nous avons commencé à sauver nos côtes, à reprendre possession de nos plages, et surtout à protéger nos maisons. Le sol Dior est de retour, les vagues ne rongent plus les fondations de nos habitations, et la terre se stabilise.

Les épis maltais mis en place par les femmes et leur communauté face à l'érosion côtière
Photo par Fatou Bodian (2025)

Mais au-delà de la protection physique, cette solution a eu un effet boule de neige positif sur d'autres défis majeurs : la déperdition scolaire a diminué, l’émigration clandestine a reculé et les ressources naturelles sont désormais préservées.

Ces installations sont un exemple concret de résilience communautaire face au changement climatique.

Ainsi, nous lançons un appel à l’État ainsi qu'aux partenaires techniques et financiers, pour qu’ils renforcent ces initiatives locales.

Photo par M. Lamine Diop

Martine Diassy : Quand l’érosion côtière salinise les terres agricoles, Martine Diassy appelle à l’action immédiate

Je m’appelle Martine Diassy, femme leader du projet Natur’ELLES. Je suis vice-présidente du GIE Oughessa et j’habite à Bakassouck, un village situé dans l’AMCP de Kalone Bliss Kassa à Kafountine.

Dans le cadre du programme de leadership environnemental féministe et d’agentivité climatique du projet Natur’ELLES, j’ai été formée à la photographie et à la narration visuelle en tant qu’outils de plaidoyer. Avant cela, je ne mesurais pas l’importance de la photographie ni l’impact qu’elle pouvait avoir. Je prenais des photos que je partageais avec mon entourage, sans me soucier de leur portée.

Martine en pleine activité de photographie
Photo par M. Lamine Diop (2025)

Grâce à cette nouvelle compétence, j’ai pris l’initiative de réaliser cette photo et de l’accompagner d'une narration. La photo témoigne de la salinisation de nos rizières. En milieu rural, la riziculture joue un rôle crucial pour notre sécurité alimentaire. Mais aujourd’hui, nos terres sont menacées par l’avancée de la mer.

Face à cette situation désastreuse, notre village a construit une digue anti-sel en mobilisant les savoirs traditionnels hérités de nos ancêtres Diola.

Digue anti-sel contruite par les communautés de Bakassouck pour ârrêter la salinisation des tèrres agricoles
Photo par Martine Diassy (2025)

C’est dans cette optique que je partage cette photo, dans l’espoir de sensibiliser les lecteurs de mon récit sur les effets du changement climatique et pour dire qu'il existe des solutions durables pour restaurer nos terres.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

Fatou Sambou : Face à la menace de l’érosion côtière, les communautés de la Casamance se mobilisent autour de la mangrove

Je m'appelle Fatou Sambou et je vis à Balonkir, dans la commune de Mlomp. Je suis la vice-présidente du GIE Kabonkeette Hann, situé dans l’AMCP de Kaalolal-Blouf-Fogny (AMP KBF).

Je vous parle de la réhabilitation d’une digue comme en témoigne cette photo. Cette digue existait depuis longtemps pour faire de la pisciculture et contrôler l’avancée de la mer en vue d’empêcher la salinisation de nos rizières. L’ouvrage existait avant, mais elle avait été abandonnée. Or, ces rizières sont essentielles pour subvenir aux besoins de nos enfants.

Les femmes posant leurs pierres dans l’édifice de la digue anti-sel
Photo par Fatou Sambou (2025
)

Face à cette situation, en tant que femmes leaders engagées dans le projet Natur’ELLES, nous avons sollicité l’appui de la communauté pour relancer les travaux de réhabilitation. Comme vous pouvez le voir sur la photo, les travaux ont commencé avec l’aide des hommes, qui s’occupent de remonter le sable à l’aide de leurs pelles. Les femmes quant à elles transportent les pierres.

Nous utilisons également des bâtons autour de la digue pour la protéger des vagues et renforcer sa durabilité. À un moment donné, nous avons envisagé de fermer complètement la digue, pensant que cela serait plus efficace.

Mais après consultation avec un·e agent·e de l’AMCP de Kaalolal-Blouf-Fogny, nous avons compris qu’il fallait laisser un petit espace pour permettre l’évacuation de l'eau — un processus indispensable au développement des mangroves.

Nous avons suivi ces conseils, car la mangrove est précieuse pour nous : elle abrite des huîtres et constitue un lieu de reproduction pour les poissons. Sans elle, notre quotidien devient encore plus difficile. Nous avons aussi aménagé un petit espace pour la pisciculture. Cette activité constitue une alternative intéressante : après la saison des huîtres, elle nous permet d’avoir du poisson, à la fois pour notre consommation et pour nos activités génératrices de revenus.


Mangroves restaurées près de la digue de Mlomp
Photo par Fatou Sambou (2025)

Cependant, comme la plupart des ostréicultrices, nous faisons face à plusieurs défis pour améliorer notre production ostréicole, notamment le manque d’équipement et la coupe abusive des branches de mangrove. Grâce au soutien de SOCODEVI et du Cégep de la Gaspésie et des Îles à travers le projet Natur’ELLES, nous avons désormais accès à des équipements modernes comme les coupelles et les pochons, qui nous permettent de mieux gérer cette ressource et de garantir une exploitation durable.

Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, notre engagement à préserver cette ressource prend tout son sens, car nous sommes les plus impactées. Les mangroves, en plus d’être une source de revenus pour nous, jouent un rôle crucial dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

C’est pourquoi toutes les femmes se sont mobilisées, même les plus âgées, pour participer activement aux travaux.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

Seynabou Sambou : Les femmes de Mlomp en Casamance adoptent les techniques de pêche durables

Je m’appelle Seynabou Sambou. Je vis à Balonkir, dans la commune de Mlomp et je suis femme leader du projet Natur’ELLES. Je suis également la présidente du GIE Kabonkeette Hann au sein de l’AMCP Kaalolal-Blouf-Fogny et femme leaders engagée dans le projet Natur’ELLES.

Sur cette photo, je montre les coupelles. Avant les coupelles, nous avions tendance à pêcher aussi bien les petites que les grandes huitres. Cela ne favorisait pas la reproduction et la raréfaction de la ressource se faisait sentir. Aujourd’hui grâce à la formation de SOCODEVI et les outils que nous avons reçus du projet Natur’ELLES, nous faisons de l’ostréiculture car nous maîtrisons parfaitement le processus, la méthode et les bonnes pratiques.

Coupelles installées par les femmes du GIE Kabonkeette Hann
Photo par Seynabou Sambou (2025)

D’abord, nous avons réalisé le chaulage avec un sac de ciment, du sable et un seau de peinture. Une fois cette étape terminée, les coupelles sont fixées sur une barre de fer, comme on peut le voir sur la photo. Ensuite, elles sont arrosées pendant trois jours, puis laissées à sécher pendant plusieurs jours pour permettre au chaulage de bien s’endurcir avant leur immersion dans l’eau. Ces coupelles servent à capter les naissains, qui sont ensuite transférés dans des pochons que nous fabriquons nous-mêmes.

Cette méthode de captage est utilisée pour l’élevage des huîtres sur une période de 18 mois. Grâce à cette nouvelle technique, nous pouvons produire des huîtres de manière durable tout au long de l’année.

Nous pouvons maintenant transformer nous-même nos produits naturels au sein de notre cuisine communautaire où les membres de la communauté se retrouvent pour ce travail. Ensuite, nous pouvons vendre nos produits et déposer les profits dans notre caisse de solidarité.

Cuisine du GIE Kabonkeete Hann pour la transformation des produits locaux
Photo par M. Seynabou Sambou (2025)

Cela nous donne une vraie indépendance économique. De plus, voir les huîtres en pleine croissance apaise désormais nos peurs face à la rareté des ressources.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

Sona Diedhiou : Face aux effets du changement climatique, Sona s’appuie sur le maraîchage pour sa résilience

Je m'appelle Sona Diedhiou, femme leader et présidente du GIE Saflait, membre du comité gestion de l’APAC de Kawawana. Je vis dans la commune de Mangagoulack (région de Ziguinchor, département de Bignona, arrondissement de Tendouck).

Le changement climatiques a profondément bouleversé notre environnement. Les ressources naturelles s’épuisent. Nourrir ma famille devenait de plus en plus difficile.


Face à cette réalité, je me suis tournée vers le maraîchage. Ce jardin, c’est bien plus qu’un espace de culture : c’est mon espoir, ainsi que la principale source de revenus pour nourrir ma famille. Ce qui m’a poussée à me lancer, c’est ma passion pour la terre, mais surtout le besoin de subvenir aux besoins de mes enfants pour leur alimentation, leurs études, et leurs soins de santé.

Une femme arrosant le jardin de Sona à Mangagoulack
Photo par Sona Diedhiou (2025)

Je cultive plusieurs légumes, dont le gombo, les tomates, les piments et les oignons. Mais c’est grâce à ce que j’ai appris des classes d’alphabétisation et de littératie financière que j’ai pu véritablement structurer mon activité. J’ai appris à tenir un cahier de dépenses et de recettes, à épargner et à mieux gérer mes revenus. Ces compétences m’ont aidées à croire en mes capacités et surtout de prendre des décisions éclairées pour ma famille.

Toutefois, je travaille dans des conditions très difficiles. L’eau est lourde à transporter, le désherbage se fait à la main, les moyens d’enrichir le sol sont limités, et je manque de produits pour protéger mes cultures contre les attaques.

Malgré tout, je continue. Mon plus grand défi reste l’accès au marché. Pour éviter que mes efforts ne soient vains, je transforme une partie de mes récoltes, notamment le piment que je prépare en purée. Cela me permet de générer un peu plus de revenus. Grâce à cela, mes enfants peuvent manger chaque jour et aller à l’école, et je peux couvrir les dépenses médicales en cas de difficulté.

Aujourd’hui, mon activité maraichère, soutenue par les savoirs acquis en alphabétisation, en gestion et en développement personnel, représente bien plus qu’un revenu. C’est une voie vers l’indépendance économique.

Les mauvaises herbes et les ravageurs envahissent le jardin
Photo par Sona Diedhiou (2025)

À toutes les femmes qui, comme moi, manquent de moyens, je veux dire : n’abandonnez jamais. Il faut persévérer. Il est essentiel de commencer par s’aider soi-même si l’on veut recevoir de l’aide. C’est par le travail et la persévérance que l’on peut avancer.

Photo par M. Lamine Diop (2025)

Awa Sylla: Une femme leader qui relie écologie, justice sociale et autonomisation des femmes et des filles

Je m'appelle Awa Sylla. J’habite à Bona dans l’APAC de Badala (commune de Badala, Département de Bounkiling dans la région de Sédhiou). Je suis conseillère départementale à Bounkiling et leader communautaire.

Les mangroves ont toujours été notre principale ressource de subsistance. Mais avec le temps, j'ai compris que là où les effets du changement climatique se font sentir, les violences se multiplient. Quand la mer avance, elle emporte les cases et les récoltes, mais aussi l’école. Et quand il n’y a pas d’école, les filles s’en vont aussi.

Elles partent pour des mariages trop précoces, pour des foyers qu’elles n’ont pas choisis, pour une vie qu’on leur impose. Alors, j’ai décidé de me lever et de me battre.

En plantant des palétuviers, des barrières naturelles et des digues vivantes, j’ai très vite compris que le climat n’était pas notre seul combat. Alors j’ai ouvert des espaces de parole. J’ai parlé des violences, des mariages précoces, des conséquences de l’abandon de l’école, du droit de dire non.

Awa en pleine activité de Sensibilisation
Photo par M. Lamine Diop (2025)

Aujourd’hui, je m’active dans la restauration des mangroves et dans les campagnes de reboisement, mais je sensibilise aussi. Je parle des règles de la vie sociale et des droits. Je parle de l’école pour les filles et je plaide pour l’éducation et le maintien des filles à l’école.

Une fille prend la parole pour sensibiliser les autres sur l’importance de l’éducation
Photo par Awa Sylla (2025)

Ce travail a été rendu possible grâce aux contributions des personnes suivantes :

Aida Camara (SOCODEVI)
Aissatou Diallo (SOCODEVI)
Aida Camara (SOCODEVI)
Fatou Bintou Faty (CASADES)
Oulimata Gueye (SOCODEVI)
Ousmane Sambou (IISD)
Mame Bineta Fall (SOCODEVI)
Matthew TenBruggencate (IISD)
Ndella Faye (SOCODEVI)
Seynabou Ciss
Téné Diop

Natur’ELLES est un projet de quatre ans (2023-2027) financé par le Canada à travers Affaires Mondiales Canada. En adoptant l'approche axée sur les Solutions fondées sur la Nature (SfN), le projet se concentre sur la restauration des écosystèmes de mangroves, la promotion de la gouvernance inclusive des ressources naturelles dans les deltas du Sine Saloum et de la Casamance au Sénégal, tout en renforçant les capacités de résilience des femmes et des communautés vulnérables aux changements climatiques. Il bénéficiera directement à 8 000 personnes et indirectement à 85 000 personnes vivant dans 123 villages.

IISD (Institut International pour le Développement Durable) est l'un des partenaires internationaux de mise en oeuvre du projet Natur'ELLES. Nous soutenons la production de preuves par la recherche y compris l'intégration du genre et la documentation des interventions du projet.

Photo par M. Lamine Diop, Consultant, Sénégal (2025)

Pour en savoir plus sur un projet similaire mené par le réseau mondial des plans nationaux d'adaptation (PNA), voir Women's Voices on Climate Change in Ghana and Kenya.