{"id":10142,"date":"2015-05-21T23:32:46","date_gmt":"2015-05-21T21:32:46","guid":{"rendered":"http:\/\/172.30.141.17\/2015\/05\/21\/sentences-et-decisions\/"},"modified":"2024-08-16T20:19:23","modified_gmt":"2024-08-16T18:19:23","slug":"sentences-et-decisions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/2015\/05\/21\/sentences-et-decisions\/","title":{"rendered":"Sentences et Decisions"},"content":{"rendered":"<h2><strong>Selon un tribunal de la <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips13'>CNUDCI<\/span>, l\u2019\u00e9valuation environnementale du Canada viole la norme minimale de traitement et le traitement national <\/strong><\/h2>\n<p><em>William Ralph Clayton, William Richard Clayton, Douglas Clayton, Daniel Clayton et Bilcon of Delaware Inc. c. le Gouvernement du Canada<\/em>, CNUDCI<\/p>\n<p><strong>Marquita Davis <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<h3><em>Le contexte <\/em><\/h3>\n<p>Dans une d\u00e9cision du 17 mars 2015, la majorit\u00e9 d\u2019un tribunal, \u00e0 savoir son pr\u00e9sident Bruno Simma et Bryan Schwartz, l\u2019arbitre nomm\u00e9 par l\u2019investisseur, \u00e9tabli au titre du r\u00e8glement d\u2019arbitrage de la Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI), d\u00e9terminait que l\u2019\u00e9valuation environnementale impos\u00e9e par le Canada au projet de carri\u00e8re et de terminal maritime violait les dispositions sur la norme minimale de traitement et le traitement national au titre de l\u2019Accord de libre-\u00e9change nord-am\u00e9ricain (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips22'>ALENA<\/span>). Donald McRae, l\u2019arbitre nomm\u00e9 par le Canada, \u00e9tait en fort d\u00e9saccord avec l\u2019analyse de la majorit\u00e9 et son application de l\u2019article 1105 de l\u2019ALENA. Le tribunal a report\u00e9 le calcul des dommages\u00a0; les investisseurs \u2013 quatre citoyens \u00e9tasuniens et une entreprise enregistr\u00e9e au titre du droit des \u00c9tats-Unis \u2013 r\u00e9clamaient initialement 300 millions USD.<\/p>\n<p>En avril 2002, un permis a \u00e9t\u00e9 \u00e9mis pour la construction et l\u2019exploitation d\u2019une carri\u00e8re dans la province canadienne de Nouvelle-\u00c9cosse. En 2004, l\u2019entreprise demanderesse (Bilcon) a acquis la carri\u00e8re et le terminal maritime de Whites Point (le Projet) par le biais de l\u2019une de ses filiales canadiennes. Le Canada et la province de Nouvelle-\u00c9cosse ont \u00e9tabli une Commission d\u2019examen conjoint (CEC) pour mener une \u00e9valuation environnementale (EE) du Projet. Sur la base d\u2019un Rapport de 2007 de la CEC, la Nouvelle-\u00c9cosse puis le Canada ont rejet\u00e9 le Projet en raison de son incompatibilit\u00e9 avec les \u00ab\u00a0valeurs fondamentales de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb. Bilcon a lanc\u00e9 un arbitrage en juin 2008, all\u00e9guant des imperfections dans le processus et le rapport de la CEC et dans le rejet post\u00e9rieur du projet par le Canada.<\/p>\n<p>Pour commencer son analyse, le tribunal s\u2019est pench\u00e9 sur les objections juridictionnelles du Canada, notamment le fait que certains demandeurs n\u2019\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab\u00a0investisseurs\u00a0\u00bb, que certains recours \u00e9taient proscrits, et que les actions de la CEC ne pouvaient \u00eatre attribu\u00e9es au Canada. Le tribunal \u00e9tablit malgr\u00e9 tout sa comp\u00e9tence et commen\u00e7a l\u2019analyse des principaux faits de l\u2019affaire.<\/p>\n<h3><em>La majorit\u00e9 d\u00e9clare que la norme minimale internationale de traitement est li\u00e9e par la note d\u2019interpr\u00e9tation de la CLE, mais d\u00e9termine que la norme a \u00e9volu\u00e9 depuis l\u2019affaire <\/em>Neer<em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p>Les investisseurs arguaient que la norme du traitement juste et \u00e9quitable (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips93'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips94'>TJE<\/span><\/span>) de l\u2019article 1105 de l\u2019ALENA devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une norme autonome incluant les attentes l\u00e9gitimes de l\u2019investisseur, la protection contre les mesures arbitraires ou discriminatoires, et une obligation g\u00e9n\u00e9rale pour l\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0d\u2019agir raisonnablement\u00a0\u00bb (para. 359). Le Canada r\u00e9torqua que la norme n\u2019incluait pas d\u2019obligations autonomes comme les attentes l\u00e9gitimes, mais que les Notes d\u2019interpr\u00e9tation de certaines dispositions du chapitre 11 de la Commission du libre-\u00e9change (CLE) de l\u2019ALENA limitaient le TJE \u00e0 la norme internationale minimale de traitement, conform\u00e9ment au droit international coutumier. Le tribunal a convenu avec le Canada qu\u2019elle \u00e9tait li\u00e9e par la note d\u2019interpr\u00e9tation de la CLE et que les crit\u00e8res d\u2019application de l\u2019article 1105 \u00e9taient \u00ab\u00a0\u00e9lev\u00e9s\u00a0\u00bb (para. 441).<\/p>\n<p>Le tribunal d\u00e9termina ensuite que la norme g\u00e9n\u00e9rale d\u2019interpr\u00e9tation la plus appropri\u00e9e de l\u2019article 1105 \u00e9tait celle mise en avant dans l\u2019affaire <em>Waste Management<\/em>. Selon le tribunal de cette affaire, \u00ab\u00a0la norme minimale de traitement du traitement juste et \u00e9quitable est viol\u00e9e par des actes attribuables \u00e0 l\u2019\u00c9tat et pr\u00e9judiciables au demandeur si les actes sont arbitraires, manifestement abusifs, injustes ou idiosyncratiques, discriminatoires et exposent le demandeur \u00e0 un pr\u00e9judice social ou racial, ou impliquent l\u2019absence de proc\u00e9dure r\u00e9guli\u00e8re entrainant une conclusion qui offense l\u2019opportunit\u00e9 judiciaire\u00a0\u00bb (para. 442).<\/p>\n<p>Mais le tribunal d\u00e9cida ensuite qu\u2019une violation internationale ne se limitait pas aux actes \u00ab\u00a0outrageants\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9tat, puisque la norme internationale minimale actuelle a \u00e9volu\u00e9 et offre une plus grande protection que celle reconnue dans l\u2019affaire <em>Neer<\/em>. Il jugea qu\u2019un tribunal devait se fonder sur les faits, et prendre notamment en compte le fait que les investisseurs \u00ab\u00a0se [sont] raisonnablement appuy\u00e9s sur les repr\u00e9sentations d\u2019un \u00c9tat h\u00f4te\u00a0\u00bb pour d\u00e9terminer si l\u2019article 1105 \u00e9tait viol\u00e9 (para. 444).<\/p>\n<h3><em>Selon la majorit\u00e9, le Canada a viol\u00e9 la norme internationale minimale de traitement <\/em><strong>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Compte tenu de d\u00e9clarations sp\u00e9cifiques de fonctionnaires de Nouvelle-\u00c9cosse, mais aussi des documents de promotion de l\u2019investissement et des d\u00e9clarations politiques de la province, le tribunal d\u00e9termina que les investisseurs avaient \u00e9t\u00e9 clairement encourag\u00e9s \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 poursuivre leur Projet. D\u2019apr\u00e8s le tribunal, le Canada avait conduit les investisseurs \u00e0 croire raisonnablement que, sous r\u00e9serve du respect des lois f\u00e9d\u00e9rales et provinciales, la zone de Whites Point n\u2019\u00e9tait pas exclue de l\u2019investissement (para. 590), contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tendait l\u2019\u00e9valuation de la CEC d\u2019apr\u00e8s la majorit\u00e9 du tribunal. Dans son opinion divergente, McRae arguait que le fait que les fonctionnaires de Nouvelle-\u00c9cosse aient encourag\u00e9 l\u2019investissement minier donnant ainsi naissance \u00e0 des attentes l\u00e9gitimes n\u2019\u00e9tait pas pertinent pour d\u00e9terminer si la CEC avait respect\u00e9 les crit\u00e8res de l\u2019article 1105. Il d\u00e9termina que tout investisseur s\u2019attendrait \u00e0 ce que les lois canadiennes soient correctement appliqu\u00e9es au cours d\u2019une \u00e9valuation environnementale, et que cette attente n\u2019avait rien \u00e0 voir avec les encouragements ou garanties offertes par des fonctionnaires provinciaux.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 consid\u00e9ra elle que l\u2019\u00e9valuation \u00e9tait arbitraire car la CEC n\u2019avait pas d\u00e9termin\u00e9 la viabilit\u00e9 du Projet sur la base du crit\u00e8re \u00ab\u00a0des effets n\u00e9gatifs importants sur l\u2019environnement apr\u00e8s la mise en place de mesures d\u2019att\u00e9nuation\u00a0\u00bb. La CEC avait plut\u00f4t outrepass\u00e9 son mandat en adoptant, sans pr\u00e9avis ou autorit\u00e9 juridique propre, une nouvelle norme d\u2019\u00e9valuation fond\u00e9e sur les \u00ab\u00a0valeurs fondamentales de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb, ce que la majorit\u00e9 compara \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rendum public sur le projet.<\/p>\n<p>Bien que la majorit\u00e9 consid\u00e9ra qu\u2019\u00ab\u00a0une simple erreur dans l\u2019analyse l\u00e9gale ou factuelle\u00a0\u00bb (para. 594) n\u2019\u00e9tait pas suffisante pour satisfaire au crit\u00e8re \u00e9lev\u00e9 de la responsabilit\u00e9 internationale, elle d\u00e9termina qu\u2019en l\u2019esp\u00e8ce, la violation \u00e9tait suffisante. D\u2019abord, la majorit\u00e9 consid\u00e9ra que les investisseurs avaient des attentes l\u00e9gitimes et avaient investi d\u2019importantes ressources et leur r\u00e9putation dans le processus de la CEC. Ensuite, elle prit en compte le fait que les investisseurs n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s que l\u2019\u00e9valuation contenait la norme des \u00ab\u00a0valeurs fondamentales de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb. Finalement, elle estima que la CEC s\u2019\u00e9tait largement \u00e9loign\u00e9e de la norme d\u2019\u00e9valuation requise par la loi canadienne.<\/p>\n<p>McRae critiqua le fait que la majorit\u00e9 se soit appuy\u00e9e sur les experts et t\u00e9moins des investisseurs pour examiner des all\u00e9gations de probl\u00e8mes dans le processus d\u2019audition de la CEC, et affirma que la majorit\u00e9 n\u2019avait pas \u00e9tudi\u00e9 le proc\u00e8s-verbal de l\u2019audience lui-m\u00eame. Selon lui, la majorit\u00e9 avait mal interpr\u00e9t\u00e9 l\u2019explication de la CEC des \u00ab\u00a0valeurs fondamentales de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb. Il d\u00e9clara qu\u2019un examen plus attentif du proc\u00e8s-verbal montrait que la CEC utilisait les expressions \u00ab\u00a0valeurs fondamentales\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0valeurs fondamentales de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb simplement pour d\u00e9signer \u00ab\u00a0les effets humains et environnementaux\u00a0\u00bb, expression essentielle du mandat de la CEC (para. 15). Dans son analyse, la CEC concluait que les investisseurs n\u2019avaient pas abord\u00e9 les effets humains et environnementaux dans leur d\u00e9claration d\u2019impact environnemental, bien que le mandat de la CEC leur ordonnait de rem\u00e9dier \u00e0 ces effets. McRae rejeta la conclusion de la majorit\u00e9 selon laquelle la CEC avait dans les faits pris une \u00ab\u00a0d\u00e9cision relative \u00e0 une zone\u00a0\u00bb, arguant que ses recommandations se basaient sur les d\u00e9tails sp\u00e9cifiques du projet des investisseurs (para. 27). Il d\u00e9termina \u00e9galement que la CEC avait suffisamment motiv\u00e9 sa d\u00e9cision pour que celle-ci n\u2019inclue pas de mesures individuelles d\u2019att\u00e9nuation. Pour terminer, McRae estima que la conclusion de la majorit\u00e9 selon laquelle les actes de la CEC \u00e9taient arbitraires n\u2019\u00e9tait \u00e9tay\u00e9e par aucune preuve ou fondement.<\/p>\n<p>Finalement, McRae arguait que m\u00eame si le rapport de la CEC \u00e9tait contraire \u00e0 la l\u00e9gislation nationale, cela n\u2019\u00e9tait pas suffisant pour soutenir une violation de l\u2019ALENA, puisque la violation ne satisfait pas au crit\u00e8re de la norme mise en avant dans l\u2019affaire <em>Waste Management<\/em>. McRae d\u00e9termina que les actes de la CEC n\u2019\u00e9taient pas arbitraires, et que la majorit\u00e9 n\u2019avait pas d\u00e9montr\u00e9 que les autres crit\u00e8res de la norme mise en avant dans l\u2019affaire <em>Waste Management<\/em> \u00e9taient satisfaits. McRae argua que, \u00ab\u00a0[e]n traitant une violation potentielle du droit canadien comme une violation de l\u2019article 1105 de l\u2019ALENA[,] la majorit\u00e9 a donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de r\u00e9clamer des dommages pour une violation du droit canadien, alors que celui-ci n\u2019offre pas cette possibilit\u00e9 pour une telle violation\u00a0\u00bb (para. 43).<\/p>\n<h3><em>Selon la majorit\u00e9, le Canada n\u2019a pas accord\u00e9 un traitement national \u00e0 l\u2019investissement de Bilcon <\/em><\/h3>\n<p>Bilcon arguait que le Canada lui avait accord\u00e9 un traitement moins favorable que celui accord\u00e9 aux investisseurs nationaux, en lui imposant une m\u00e9thode d\u2019examen rarement utilis\u00e9e par la CEC et en n\u2019utilisant pas la norme \u00ab\u00a0des effets n\u00e9gatifs importants sur l\u2019environnement apr\u00e8s la mise en place de mesures d\u2019att\u00e9nuation\u00a0\u00bb. Si le tribunal a rejet\u00e9 le premier recours au motif qu\u2019il \u00e9tait proscrit, il autorisa le second.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 du tribunal rejeta la tentative du Canada de restreindre les comparateurs aux seuls investissements ou investisseurs dans des \u00ab\u00a0circonstances analogues\u00a0\u00bb, tels que ceux assujettis au processus de la CEC, ou les projets largement rejet\u00e9s par une communaut\u00e9 locale. Elle d\u00e9termina que, compte tenu du libell\u00e9 souple de l\u2019article 1102, et de l\u2019objectif g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ALENA d\u2019accroitre mat\u00e9riellement les investissements, la gamme des comparateurs devrait \u00eatre \u00e9tendue.<\/p>\n<p>Parmi les affaires de comparaison impliquant des carri\u00e8res dans des zones c\u00f4ti\u00e8res sensibles, au moins trois ont \u00e9t\u00e9 soumises \u00e0 une \u00e9valuation des \u00ab effets n\u00e9gatifs importants sur l\u2019environnement apr\u00e8s la mise en place de mesures d\u2019att\u00e9nuation\u00a0\u00bb. Pour la majorit\u00e9 du tribunal, cela suffisait \u00e0 montrer qu\u2019elles avaient re\u00e7u un traitement plus favorable que les demandeurs. La majorit\u00e9 d\u00e9termina qu\u2019un \u00c9tat pouvait justifier l\u2019application d\u2019un traitement diff\u00e9rent et pr\u00e9judiciable au titre du test de l\u2019affaire <em>Pope &amp; Talbot<\/em>, mais conclut que le Canada n\u2019avait pas pr\u00e9sent\u00e9 d\u2019arguments convaincants pour justifier ses actes.<\/p>\n<p>McRae n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord avec cette conclusion non plus, affirmant que les investisseurs avaient \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s conform\u00e9ment au droit canadien.<\/p>\n<h3><em>Les autres recours des investisseurs sont rejet\u00e9s et la majorit\u00e9 joint \u00e0 sa d\u00e9cision une mise en garde<\/em><\/h3>\n<p>Les investisseurs contestaient d\u2019autres points de l\u2019\u00e9valuation de la CEC, mais la majorit\u00e9 d\u00e9termina que ces facteurs n\u2019\u00e9taient pas suffisants pour impliquer la responsabilit\u00e9 internationale.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 d\u00e9cida \u00e9galement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019examiner si le Canada avait viol\u00e9 la disposition de la Nation la plus favoris\u00e9 (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips101'>NPF<\/span>) puisque cela n\u2019affecterait pas le calcul des dommages.<\/p>\n<p>La majorit\u00e9 s\u2019est \u00e9galement employ\u00e9e \u00e0 souligner que sa d\u00e9cision en faveur des investisseurs ne constituait pas une \u00e9valuation du droit environnemental substantif du Canada, mais qu\u2019elle se fondait sur des faits sp\u00e9cifiques des recours des investisseurs et sur le fait que le rapport de la CEC ne respectait pas le droit environnemental canadien existant.<\/p>\n<p>McRae n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord, et affirma que la majorit\u00e9 donnait la possibilit\u00e9 aux investisseurs de contester au niveau international les d\u00e9cisions adopt\u00e9es par des commissions d\u2019examen environnemental nationales. Il averti qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019\u00ab\u00a0une intrusion importante dans la sph\u00e8re nationale qui entrainerait un gel du fonctionnement des commissions d\u2019examen environnemental\u00a0\u00bb (para. 48). Selon lui, l\u2019aspect le plus troublant de la d\u00e9cision de la majorit\u00e9 \u00e9tait le fait qu\u2019un \u00c9tat \u00e9tait tenu de verser des dommages aux investisseurs pour avoir accord\u00e9 une grande importance \u00e0 la mani\u00e8re dont un projet affecte l\u2019environnement et les hommes et pour avoir pris en compte les int\u00e9r\u00eats et valeurs de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Bruno Simma, de Bryan Schwartz et de Donald McRae. La d\u00e9cision de la majorit\u00e9 est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/cases\/documents\/2984\">http:\/\/www.italaw.com\/cases\/documents\/2984<\/a>, et l\u2019opinion divergente sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/cases\/documents\/2985\">http:\/\/www.italaw.com\/cases\/documents\/2985<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Un tribunal du <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips24'>CIRDI<\/span> d\u00e9termine que la saisie r\u00e9alis\u00e9e par le Venezuela en 2009 est une expropriation l\u00e9gale, et accorde une indemnisation de 46,4 millions USD<\/strong><\/h2>\n<p><em>Tidewater Investment SRL &amp; Tidewater Caribe, C.A. c. la R\u00e9publique bolivarienne du Venezuela, Affaire CIRDI n\u00b0\u00a0ARB\/10\/5<\/em><\/p>\n<p><strong>Matthew Levine <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Le Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements (CIRDI) a rendu une d\u00e9cision dans un diff\u00e9rend portant sur des services maritimes p\u00e9troliers et impliquant le Venezuela.<\/p>\n<p>Le tribunal se rangea du c\u00f4t\u00e9 des demandeurs, deux entreprises du groupe Tidewater, et d\u00e9termina que la saisie r\u00e9alis\u00e9e en 2009 par le gouvernement constituait une expropriation au titre du Trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement Barbade-Venezuela (<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips89'><span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips90'>TBI<\/span><\/span>). Il leur accorda une indemnisation de 46,4 millions USD plus int\u00e9r\u00eats compos\u00e9s \u00e0 partir de la date de l\u2019expropriation.<\/p>\n<p>Les dommages accord\u00e9s \u00e9taient nettement inf\u00e9rieurs aux 234 millions USD r\u00e9clam\u00e9s par les demandeurs. Le tribunal n\u2019a pas reconnu l\u2019expropriation comme ill\u00e9gale au titre du TBI. En outre, l\u2019analyse fond\u00e9e sur une actualisation des flux de tr\u00e9sorerie employ\u00e9e par le tribunal mena \u00e0 une \u00e9valuation de la juste valeur marchande nettement inf\u00e9rieure \u00e0 la suggestion des demandeurs.<\/p>\n<h3><em>Le contexte <\/em><\/h3>\n<p>SEMARCA, une entreprise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne du groupe Tidewater, exploite des services de transport maritime depuis 1958. Depuis 1975, SEMARCA fournit \u00e9galement ces services aux filiales de PDVSA, l\u2019entreprise p\u00e9troli\u00e8re d\u2019\u00c9tat du Venezuela, au titre de divers accords.<\/p>\n<p>Le 7 mai 2009, le Venezuela a promulgu\u00e9 la \u00ab\u00a0Loi organique r\u00e9servant \u00e0 l\u2019\u00c9tat les actifs et services relatifs aux principales activit\u00e9s du secteur des hydrocarbures\u00a0\u00bb (Loi de r\u00e9serve). Le lendemain, le 8 mai 2009, le Venezuela publia la R\u00e9solution n\u00b0 51, identifiant les demandeurs et 38 autres fournisseurs de services, comme assujettis \u00e0 la Loi de r\u00e9serve.<\/p>\n<p>Presqu\u2019imm\u00e9diatement, les filiales de PDVSA ont saisi les actifs de SEMARCA sur le Lac Maracaibo, soit ses bureaux et onze navires, et plus tard, les quatre navires de l\u2019entreprise situ\u00e9s dans le golfe de Paria. Tidewater a lanc\u00e9 l\u2019arbitrage en f\u00e9vrier 2010.<\/p>\n<p>Dans sa d\u00e9cision de f\u00e9vrier 2013 sur la comp\u00e9tence, le tribunal avait rejet\u00e9 les recours de six des huit demandeurs du groupe Tidewater. Le tribunal n\u2019\u00e9tablit sa comp\u00e9tence que pour deux recours, ceux de Tidewater Caribe C.A., une entreprise v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne d\u00e9tenant SEMARCA en tous temps pertinents, et de Tidewater Investment SRL, une entreprise de la Barbade qui d\u00e9tient Tidewater Caribe, C.A. depuis 2009 (conjointement appel\u00e9s Tidewater).<\/p>\n<h3><em>La saisie des actifs de Tidewater avait effet d\u2019expropriation <\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal \u00e9valua si la saisie des navires de Tidewater constituait une expropriation. Il remarqua que l\u2019article 5 du TBI sur l\u2019expropriation incluait un libell\u00e9 commun \u00e0 de nombreux trait\u00e9s d\u2019investissement. Le tribunal souligna la question de l\u2019\u00ab\u00a0effet\u00a0\u00bb, affirmant que \u00ab\u00a0il est bien accept\u00e9 en droit international que l\u2019expropriation n\u2019implique pas n\u00e9cessairement la saisie d\u2019un titre de propri\u00e9t\u00e9 valable. Il suffit que la mesure de l\u2019\u00c9tat ait une effet \u00e9quivalent\u00a0\u00bb (para. 104).<\/p>\n<p>En \u00e9valuant si les mesures contest\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce avaient des effets \u00e9quivalents \u00e0 ceux d\u2019une expropriation, le tribunal jugea utile de tenir compte des facteurs utilis\u00e9s par le tribunal de l\u2019affaire <em>Pope &amp; Talbot<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire si\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019investissement a \u00e9t\u00e9 nationalis\u00e9 ou la mesure est de nature confiscatoire<\/li>\n<li>L\u2019\u00c9tat a pris le contr\u00f4le de l\u2019investissement et le g\u00e8re au quotidien<\/li>\n<li>L\u2019\u00c9tat supervise maintenant le travail des employ\u00e9s de l\u2019investissement<\/li>\n<li>L\u2019\u00c9tat encaisse les recettes d\u00e9coulant des ventes de l\u2019entreprise<\/li>\n<\/ul>\n<p>Compte tenu des preuves, notamment les d\u00e9clarations des t\u00e9moins pr\u00e9sent\u00e9s par Tidewater et par les filiales de PDVSA, le tribunal d\u00e9termina que la saisie physique des navires constituait une expropriation.<\/p>\n<p>Le tribunal conclut que \u00ab\u00a0si la saisie avait sans doute \u00e9t\u00e9 une surprise\u00a0\u00bb, il \u00e9tait naturel pour les demandeurs de ne pas accepter ses effets imm\u00e9diatement. Selon le tribunal, \u00ab\u00a0la port\u00e9e de cet effet sur l\u2019investissement des demandeurs n\u2019est devenue claire qu\u2019au moment de la saisie des derniers navires \u00e0 Corocoro [dans le golfe de Paria] quelques mois plus tard. Dans ces circonstances, les documents pr\u00e9sent\u00e9s par les demandeurs et affirmant la continuation de leurs op\u00e9rations commerciales dans l\u2019intervalle sont conformes \u00e0 la prise de conscience naissante de la nationalisation de leur entreprise\u00a0\u00bb (para. 109).<\/p>\n<h3><em>Tidewater ne parvient pas \u00e0 d\u00e9montrer que l\u2019expropriation \u00e9tait abusive<\/em><\/h3>\n<p>Tidewater cherchait \u00e0 convaincre le tribunal que le non paiement par le gouvernement d\u2019une indemnisation rendait l\u2019expropriation abusive au titre du TBI. Compte tenu des m\u00e9moires des parties, le tribunal examina la jurisprudence internationale \u00e0 partir de l\u2019affaire <em>Chorzow Factory<\/em> et portant sur des saisies auxquelles seule manquait l\u2019indemnisation pour qu\u2019elles soient l\u00e9gales. Il prit \u00e9galement note de d\u00e9cisions arbitrales sur l\u2019investissement r\u00e9centes, dans une approche coh\u00e9rente. Le tribunal de l\u2019affaire <em>Goetz c. Burundi<\/em>, par exemple, conclut que \u00ab\u00a0toutes les autres conditions d\u2019une saisie l\u00e9gale ayant \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es, le non-respect du paiement rapide d\u2019une indemnisation ad\u00e9quate ne suffisait pas \u00ab\u00a0pour qualifier la mesure d\u2019abusive au titre du droit international\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (para. 135).<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, Tidewater argua que la saisie \u00e9tait abusive puisque le niveau d\u2019indemnisation envisag\u00e9 par le Venezuela au titre de la Loi de r\u00e9serve \u00e9tait contraire \u00e0 la norme d\u2019indemnisation impos\u00e9e par le TBI. Le tribunal observa que, si le TBI d\u00e9finit l\u2019indemnisation due en cas d\u2019expropriation comme la valeur marchande imm\u00e9diatement avant que l\u2019expropriation envisag\u00e9e ne soit connue, le calcul de cette valeur marchande est d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 au tribunal.<\/p>\n<h3><em>Le recours fond\u00e9 sur le Traitement juste et \u00e9quitable est rapidement rejet\u00e9<\/em><\/h3>\n<p>Le recours portait r\u00e9ellement non pas sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 du traitement accord\u00e9 aux demandeurs par le Venezuela, mais sur sa saisie de leur investissement. Le tribunal consid\u00e9ra que les recours fond\u00e9s sur une violation du traitement juste et \u00e9quitable, du traitement national et de la nation la plus favoris\u00e9e n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 propos.<\/p>\n<h3><em>Les facteurs mat\u00e9riels de la juste valeur, tels que le risque souverain, sont d\u00e9finis par le tribunal<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal consid\u00e9ra que l\u2019utilisation de la valeur de liquidation ou la valeur comptable des actifs saisis pour d\u00e9terminer la juste valeur marchande, comme le proposait le Venezuela, n\u2019\u00e9tait appropri\u00e9 que lorsque les entreprises n\u2019\u00e9taient pas en activit\u00e9. Mais puisque SEMARCA n\u2019\u00e9tait pas une soci\u00e9t\u00e9 cot\u00e9e en bourse et que ses activit\u00e9s ne se limitaient qu\u2019\u00e0 un seul pays et un seul client, une analyse fond\u00e9e sur une actualisation des flux de tr\u00e9sorerie \u00e9tait appropri\u00e9e.<\/p>\n<p>Compte tenu que le rapport de l\u2019expert des parties avait tendance \u00e0 pr\u00e9senter des estimations plus qu\u2019optimistes, le tribunal r\u00e9alisa sa propre \u00e9valuation des six facteurs pris en compte dans l\u2019analyse fond\u00e9e sur l\u2019actualisation des flux de tr\u00e9sorerie\u00a0: le p\u00e9rim\u00e8tre, les comptes d\u00e9biteurs, les flux de tr\u00e9sorerie historiques, le risque sur capitaux propres, le risque souverain et le risque commercial. S\u2019agissant du risque souverain, l\u2019expert des demandeurs avait d\u00e9compt\u00e9 un modeste 1,5 % pour inciter les acheteurs int\u00e9ress\u00e9s avant la saisie de 2009. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019expert du Venezuela avait pris le risque de d\u00e9compter 14,75 % du fait des risques politiques per\u00e7us. Le tribunal trouva que la position du d\u00e9fendeur d\u2019adopter une r\u00e9duction de 14,75 % \u00e9tait raisonnable. Finalement, la valeur du march\u00e9 des actifs expropri\u00e9s a \u00e9t\u00e9 \u00e9valu\u00e9e \u00e0 un montant nettement inf\u00e9rieur \u00e0 celui r\u00e9clam\u00e9.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Campbell McLachlan QC (pr\u00e9sident, nomm\u00e9 par le pr\u00e9sident du conseil administratif du CIRDI, de nationalit\u00e9 n\u00e9oz\u00e9landaise), d\u2019Andr\u00e9s Rigo Sureda (nomm\u00e9 par les demandeurs, de nationalit\u00e9 espagnole) et de Brigitte Stern (nomm\u00e9e par le d\u00e9fendeur, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise). La d\u00e9cision finale du 13 mars 2015 est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4206_0.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4206_0.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Le Venezuela est condamn\u00e9 \u00e0 payer pour l\u2019expropriation abusive de l\u2019investissement d\u2019Owens-Illinois<\/strong><\/h2>\n<p><em>OI European Group B.V. c. la R\u00e9publique bolivarienne du Venezuela, Affaire CIRDI n\u00b0\u00a0ARB\/11\/25<\/em><\/p>\n<p><strong>Martin Dietrich Brauch <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Le Venezuela a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 verser 372\u00a0461\u00a0982 USD plus int\u00e9r\u00eats \u00e0 une entreprise du groupe Owens-Illinois, l\u2019un des plus grands producteurs mondiaux de contenants de verre, pour l\u2019expropriation de ses investissements au Venezuela. Un tribunal du Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements (CIRDI) a rendu sa d\u00e9cision le 10 mars 2015.<\/p>\n<h3><em>Le contexte et les recours<\/em><\/h3>\n<p>Le demandeur, OI European Group B.V. (O-I), est une entreprise de droit n\u00e9erlandais. Par le biais de deux entreprises sous son contr\u00f4le, Owens-Illinois de Venezuela C.A. (OIdV) et F\u00e1brica de Vidrios los Andes C.A. (Favianca), O-I d\u00e9tenait les plus grands sites de production, de traitement et de distribution de contenants de verre du Venezuela.<\/p>\n<p>L\u2019intention du Venezuela d\u2019exproprier OIdV et Favianca fut rendue publique le 25 octobre 2010, lorsque le Pr\u00e9sident Hugo Ch\u00e1vez ordonna, au cours d\u2019un programme t\u00e9l\u00e9visuel, \u00e0 son Vice-pr\u00e9sident de saisir les entreprises. Le d\u00e9cret d\u2019expropriation fut \u00e9mis le lendemain, chargeant le Bureau du procureur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019entamer la proc\u00e9dure requise au titre de la Loi v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne sur l\u2019expropriation de 2002. Des agents arm\u00e9s de la Garde nationale furent envoy\u00e9s sur place pour contr\u00f4ler l\u2019acc\u00e8s aux sites et prot\u00e9ger les actifs.<\/p>\n<p>Sur l\u2019exhortation des employ\u00e9s, le Venezuela a pris la direction des sites quelques jours apr\u00e8s l\u2019\u00e9mission du d\u00e9cret d\u2019expropriation, et la production n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 interrompue. Venvidrio, l\u2019entreprise d\u2019\u00c9tat nouvellement cr\u00e9\u00e9e, exploite les entreprises depuis le 31 avril 2011. Lorsque la d\u00e9cision arbitrale a \u00e9t\u00e9 rendue, la proc\u00e9dure d\u2019expropriation suivait son cours, et aucune indemnisation n\u2019avait encore \u00e9t\u00e9 vers\u00e9e.<\/p>\n<p>O-I a entam\u00e9 un arbitrage contre le Venezuela au titre du Trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement Venezuela-Pays-Bas (TBI) en septembre 2011, all\u00e9guant que le Venezuela avait viol\u00e9 les dispositions et normes du TBI sur l\u2019expropriation, le traitement juste et \u00e9quitable (TJE), la protection et s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9grales, la libert\u00e9 des transferts, et la clause parapluie (en violant la loi v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne sur l\u2019investissement). O-I r\u00e9clamait \u00e9galement des dommages moraux indirects, au total pas moins de 929\u00a0544\u00a0714 USD, plus int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<h3><em>Le tribunal rejette les deux objections juridictionnelles du Venezuela <\/em><\/h3>\n<p>Le Venezuela argua que O-I ne jouissait pas d\u2019un investissement couvert par le TBI, mais le tribunal consid\u00e9ra que les actifs commerciaux d\u2019O-I, de par leur nature-m\u00eame, remplissaient la d\u00e9finition de l\u2019\u00ab\u00a0investissement\u00a0\u00bb au titre du TBI et de la Convention du CIRDI, ainsi que les objectifs du trait\u00e9 de promouvoir le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Citant l\u2019affaire <em>KT Asia c. Kazakhstan<\/em>, le Venezuela contra que, en acqu\u00e9rant les entreprises par le biais d\u2019une r\u00e9organisation, sans effectuer de contribution \u00e9conomique r\u00e9elle, O-I ne r\u00e9alisait pas un investissement. Le tribunal rejeta aussi cet argument, indiquant qu\u2019O-I et le groupe Owens-Illinois avaient l\u00e9gitimement acquis les entreprises, r\u00e9alis\u00e9 des contributions importantes en capital, et r\u00e9investi les dividendes.<\/p>\n<p>O-I r\u00e9clamait aussi des dommages d\u2019un montant de 50 millions USD pour les pertes subies par la concurrence de Venvidrio sur le march\u00e9 br\u00e9silien. Dans sa seconde objection, le Venezuela affirmait que les pertes subies par O-I en dehors du Venezuela ne relevaient pas de la comp\u00e9tence du tribunal. Consid\u00e9rant que la question des dommages \u00e9tait intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9termination de la violation, le tribunal d\u00e9cida d\u2019examiner l\u2019objection du Venezuela lors de l\u2019examen quant au fond.<\/p>\n<h3><em>Le tribunal consid\u00e8re que l\u2019expropriation \u00e9tait abusive<\/em><\/h3>\n<p>Le premier argument d\u2019O-I \u00e9tait que le Venezuela l\u2019avait abusivement expropri\u00e9 de son investissement. Le tribunal d\u00e9termina que l\u2019expropriation avait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e dans l\u2019int\u00e9r\u00eat public (pour favoriser le d\u00e9veloppement national) et n\u2019\u00e9tait pas discriminatoire, mais qu\u2019elle \u00e9tait une d\u00e9cision strat\u00e9gique, puisque les entreprises d\u2019O-I dominaient 60 % du march\u00e9 des contenants de verre. Cependant, il estima \u00e9galement que l\u2019expropriation n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9e conform\u00e9ment au droit, puisque les actifs devant \u00eatre expropri\u00e9s n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9s, et que le Venezuela avait retard\u00e9 sans raisons le versement d\u2019une indemnisation.<\/p>\n<h3><em>Le tribunal consid\u00e8re que l\u2019expropriation abusive constitue \u00e9galement une violation du TJE<\/em><\/h3>\n<p>Apr\u00e8s examen de la disposition TJE contenue dans le TBI, le tribunal conclut que la norme oblige le Venezuela \u00e0 traiter les investisseurs \u00e9trangers conform\u00e9ment au droit international, et notamment, de mani\u00e8re non arbitraire et non discriminatoire. Selon lui, puisque l\u2019expropriation \u00e9tait abusive du fait que le Venezuela n\u2019avait pas respect\u00e9 le droit et indemnis\u00e9 O-I, le Venezuela avait \u00e9galement viol\u00e9 le TJE, \u00ab\u00a0car il est difficile d\u2019imaginer qu\u2019une expropriation directe ill\u00e9gale ne donne pas lieu \u00e0 une violation de cette norme\u00a0\u00bb (para. 501). Le tribunal consid\u00e9ra \u00e9galement que le Venezuela avait agi de mani\u00e8re arbitraire en prenant le contr\u00f4le des sites de production d\u2019O-I par le biais d\u2019actes administratifs infond\u00e9s, dont l\u2019objectif r\u00e9el \u00e9tait d\u2019\u00e9viter de devoir obtenir une ordonnance juridique comme l\u2019exige la loi sur l\u2019expropriation.<\/p>\n<h3><em>Les recours fond\u00e9s sur la protection et s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9grales, la libert\u00e9 des transferts et la clause parapluie<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal soutint la d\u00e9fense du Venezuela selon laquelle, en envoyant la Garde nationale sur les sites dans les premi\u00e8res semaines suivant l\u2019expropriation, le pays ne violait pas la norme de protection et s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9grales, mais au contraire la respectait. Il se rangea \u00e9galement du c\u00f4t\u00e9 du Venezuela et d\u00e9termina qu\u2019O-I avait renonc\u00e9 \u00e0 son droit aux libres transferts au titre du trait\u00e9 lorsqu\u2019elle avait choisi de transf\u00e9rer ses fonds via le march\u00e9 parall\u00e8le des changes. Il accepta cependant le recours de l\u2019investisseur fond\u00e9 sur la clause parapluie, consid\u00e9rant que les violations par le Venezuela de son propre droit sur l\u2019investissement constituaient des violations du trait\u00e9.<\/p>\n<h3><em>Le recours fond\u00e9 sur les dommages moraux n\u2019est pas suffisamment motiv\u00e9 <\/em><\/h3>\n<p>O-I r\u00e9clamait 10 millions USD pour dommages moraux soi-disant subis pendant les six mois suivant l\u2019expropriation. Arguant que la conduite du Venezuela \u00e9tait \u00ab\u00a0atroce\u00a0\u00bb (para. 904) pendant cette p\u00e9riode, O-I mentionna certains des faits d\u00e9j\u00e0 retenus comme violations des normes TJE et de la protection et s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9grales. Le tribunal consid\u00e9ra toutefois qu\u2019O-I n\u2019avait pas correctement d\u00e9crit les faits et leurs cons\u00e9quences. Il conclut que le demandeur n\u2019avait pas d\u00e9montr\u00e9 que les fonctionnaires du Venezuela avaient harcel\u00e9 ou menac\u00e9 les employ\u00e9s pour continuer d\u2019exploiter les sites, ou avaient \u00e9t\u00e9 physiquement agressifs ou mena\u00e7ants dans leur traitement des entreprises, ou caus\u00e9 des dommages physiques, ou port\u00e9 atteinte \u00e0 la r\u00e9putation d\u2019O-I et de ses repr\u00e9sentants.<\/p>\n<h3><em>Les dommages, les co\u00fbts et les frais juridiques<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal analysa dans le d\u00e9tail la question des dommages-int\u00e9r\u00eats dus \u00e0 O-I pour l\u2019expropriation. Adoptant au final la m\u00e9thode d\u2019actualisation fond\u00e9e sur les flux de tr\u00e9sorerie, il conclut que la valeur marchande des entreprises expropri\u00e9es telle que calcul\u00e9e par les experts \u00e9tait raisonnable et confirm\u00e9e par d\u2019autres m\u00e9thodes. La valeur des deux entreprises \u00e9tait estim\u00e9e \u00e0 510\u00a0340\u00a0740 USD. Tenant compte des parts d\u2019O-I dans les entreprises, qui s\u2019\u00e9levaient \u00e0 72,983\u00a0%, le tribunal accorda \u00e0 O-I des dommages d\u2019un montant de 372\u00a0461\u00a0982 USD. Il fixa les int\u00e9r\u00eats au taux LIBOR sur un an major\u00e9 de 4 points, compos\u00e9s sur une ann\u00e9e, et calcul\u00e9s entre la date du d\u00e9cret d\u2019expropriation et la date du paiement de l\u2019indemnisation.<\/p>\n<p>S\u2019agissant des co\u00fbts, le tribunal consid\u00e9ra qu\u2019O-I avait <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips117'>EU<\/span> gain de cause dans la plupart de ses recours. Il ordonna donc au Venezuela de rembourser \u00e0 O-I sa contribution de 500\u00a0000 USD aux frais de proc\u00e9dure, et de lui verser 5\u00a0750\u00a0000 USD, estimation raisonnable de ses frais de d\u00e9fense, plus int\u00e9r\u00eats depuis la d\u00e9cision jusqu\u2019au paiement.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> le tribunal du CIRDI \u00e9tait compos\u00e9 de Juan Fern\u00e1ndez-Armesto (pr\u00e9sident, nomm\u00e9 par le pr\u00e9sident du conseil administratif, de nationalit\u00e9 espagnole), d\u2019Alexis Mourre (nomm\u00e9 par les demandeurs, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise) et de Francisco Orrego Vicu\u00f1a (nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur, de nationalit\u00e9 chilienne). La d\u00e9cision est disponible en espagnol sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4109.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4109.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Un tribunal reconnait une violation du traitement juste et \u00e9quitable par la Roumanie<\/strong><\/h2>\n<p><em>Hassan Awdi, Enterprise Business Consultants, Inc. and Alpha El Corporation c. Romanie, Affaire CIRDI <\/em><em>n\u00b0\u00a0<\/em><em>ARB\/10\/13<\/em><\/p>\n<p><strong>Joe Zhang <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Dans une d\u00e9cision du 2 mars 2015, un tribunal du Centre international de r\u00e8glement des diff\u00e9rends en mati\u00e8re d\u2019investissement (CIRDI) d\u00e9terminait que la Roumanie avait viol\u00e9 la norme de traitement juste et \u00e9quitable (TJE) au titre du Trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement Roumanie-Etats-Unis (TBI). Le tribunal a accord\u00e9 7,7 millions d\u2019euros aux demandeurs \u00e0 titre d\u2019indemnisation et de paiement des frais juridiques, plus int\u00e9r\u00eats, et rejet\u00e9 un recours fond\u00e9 sur l\u2019expropriation et repr\u00e9sentant plus de 400 millions d\u2019euros.<\/p>\n<h3><em>Le contexte<\/em><\/h3>\n<p>La proc\u00e9dure a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e en 2010 par Hassan Awdi (un citoyen \u00e9tasunien) et par deux entreprises des \u00c9tats-Unis qu\u2019il contr\u00f4le.Ils affirmaient que la Roumanie avait viol\u00e9 le TBI dans son traitement de leurs investissements, d\u2019une part Rodipet S.A., une ancienne entreprise \u00e9tatique de commerce de d\u00e9tail et de distribution de la presse, acquise par les demandeurs dans le cadre d\u2019un processus de privatisation, et Casa Bucur d\u2019autre part, une propri\u00e9t\u00e9 historique acquise aupr\u00e8s de la Roumanie, et transform\u00e9e par les demandeurs en un h\u00f4tel-restaurant de luxe.<\/p>\n<p>Les demandeurs contestaient sp\u00e9cifiquement deux d\u00e9cisions des tribunaux roumains. D\u2019abord une d\u00e9cision de la Cour constitutionnelle de Roumanie, d\u00e9clarant la Loi 442 anticonstitutionnelle. La Loi 442 donnait \u00e0 Rodipet les droits, dans le cadre d\u2019une concession \u00e0 long-terme, sur les 1\u00a0400 kiosks existants dans le pays et sur les kiosks futurs qu\u2019elle pourrait \u00e9tablir. Ensuite, une d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame de Roumanie d\u00e9terminant que Casa Bucur devait \u00eatre rendue \u00e0 ses propri\u00e9taires originaux.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but de la proc\u00e9dure, la Roumanie s\u2019est oppos\u00e9e \u00e0 la comp\u00e9tence du tribunal et \u00e0 la recevabilit\u00e9 des recours au titre de plusieurs arguments. Rejetant toutes les objections juridictionnelles, le tribunal d\u00e9clara la Roumanie coupable de violation de la norme TJE \u00e0 deux reprises, mais rejeta les recours des demandeurs fond\u00e9s sur l\u2019expropriation et sur le d\u00e9ni de justice.<\/p>\n<h3><em>\u00ab\u00a0L\u2019investissement\u00a0\u00bb revisit\u00e9 au titre de la Convention du CIRDI<\/em><\/h3>\n<p>La Roumanie s\u2019opposait \u00e0 la comp\u00e9tence du tribunal affirmant que l\u2019investissement all\u00e9gu\u00e9 par M. Awdi et par le groupe d\u2019entreprises directement et indirectement d\u00e9tenues pas lui (le Groupe Awdi) \u00e9tait un \u00ab\u00a0carrousel vertigineux de transactions\u00a0\u00bb visant \u00e0 \u00ab\u00a0prendre ses activit\u00e9s commerciales et ses actifs\u00a0\u00e0 Rodipet \u00bb (para. 137). La Roumanie se plaignit en outre du fait qu\u2019au cours de la privatisation de Rodipet, aucun des demandeurs n\u2019avait r\u00e9alis\u00e9 de contribution active au pays, et affirma que leurs pratiques ressemblaient plus \u00e0 un d\u00e9sengagement qu\u2019\u00e0 un investissement.<\/p>\n<p>Le tribunal rejeta l\u2019argument de la Roumanie selon lequel le crit\u00e8re <em>Salini<\/em>, notamment l\u2019obligation de r\u00e9aliser une contribution au d\u00e9veloppement du pays h\u00f4te, devait \u00eatre pris en compte dans \u00ab\u00a0l\u2019investissement\u00a0\u00bb au titre de la Convention du CIRDI. Il remarqua plut\u00f4t que le sens de \u00ab\u00a0l\u2019investissement\u00a0\u00bb devait \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 exclusivement et strictement d\u2019apr\u00e8s le TBI, sans possibilit\u00e9 d\u2019ajout ou de retrait. Il d\u00e9termina ensuite que la d\u00e9finition de l\u2019investissement ouverte et fond\u00e9e sur les actifs au titre du TBI rendait la simple existence d\u2019un lien \u00e9conomique entre les demandeurs et les investissements suffisante aux fins de la comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>La Roumanie contestait \u00e9galement la comp\u00e9tence du tribunal au motif que M. Awdi ne d\u00e9tenait que des parts minoritaires dans Rodipet \u00e0 travers un arrangement indirect. Notant que le TBI couvre les investissements \u00ab\u00a0d\u00e9tenus ou contr\u00f4l\u00e9s directement ou indirectement par des citoyens ou entreprises de l\u2019autre Partie\u00a0\u00bb, le tribunal rejeta l\u2019objection de la Roumanie. Reconnaissant que les actionnaires minoritaires et indirects ont le droit de \u00ab\u00a0pr\u00e9senter des recours fond\u00e9s sur un trait\u00e9 d\u2019investissement [\u2026] dans les limites de leur participation\u00a0\u00bb (para. 194), le tribunal consid\u00e9ra que M. Awdi, bien qu\u2019actionnaire minoritaire, dominait la structure de prise de d\u00e9cisions de l\u2019entit\u00e9 ayant acquis Rodipet, et donc, jouissait de facto d\u2019un contr\u00f4le suffisant\u00a0; ce qui \u00e9tait suffisant pour \u00e9tablir la comp\u00e9tence du tribunal.<\/p>\n<h3><em>Les proc\u00e9dures p\u00e9nales en cours ne sont pas suffisantes pour motiver l\u2019irrecevabilit\u00e9 des recours<\/em><\/h3>\n<p>La Roumanie s\u2019opposait \u00e0 la recevabilit\u00e9 des recours, all\u00e9guant que les investissements des demandeurs \u00e9taient ill\u00e9gaux et r\u00e9alis\u00e9s de mauvaise foi. M. Awdi a fait l\u2019objet de trois enqu\u00eates et proc\u00e9dures p\u00e9nales distinctes en Roumanie. Il a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 dans l\u2019une des proc\u00e9dures portant sur des accusations de traite d\u2019\u00eatres humains, mais a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 dans une autre proc\u00e9dure, jugement confirm\u00e9 par une cour d\u2019appel. La troisi\u00e8me proc\u00e9dure \u00e9tait encore en cours. Le tribunal consid\u00e9ra que compte tenu des r\u00e9sultats divergents de ces enqu\u00eates et proc\u00e9dures, il \u00e9tait impossible de tirer des preuves convaincantes pour \u00e9tayer les arguments de la Roumanie.<\/p>\n<h3><em>Le recours fond\u00e9 sur l\u2019option irr\u00e9vocable est rejet\u00e9 pour absence de proc\u00e9dure parall\u00e8le<\/em><\/h3>\n<p>La Roumanie avait \u00e9galement soulev\u00e9 des objections \u00e0 la recevabilit\u00e9 au motif que les demandeurs avaient cherch\u00e9 le r\u00e8glement du diff\u00e9rend portant sur Casa Bucur dans les tribunaux roumains, et donc qu\u2019ils ne devaient pas avoir le droit de pr\u00e9senter le diff\u00e9rend au tribunal arbitral, puisque le TBI contenait une clause d\u2019option irr\u00e9vocable. Notant que la proc\u00e9dure nationale avait \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e et jamais entendue par la cour puisque les demandeurs n\u2019avaient pas pay\u00e9 les frais de la cour, le tribunal rejeta l\u2019objection de la Roumanie et consid\u00e9ra qu\u2019il n\u2019existait aucune proc\u00e9dure parall\u00e8le, et donc que la clause d\u2019option irr\u00e9vocable ne s\u2019appliquait pas.<\/p>\n<h3><em>L\u2019abrogation de la Loi 442 \u00e9quivaut \u00e0 une violation du TJE, mais pas \u00e0 une expropriation ou \u00e0 un d\u00e9ni de justice<\/em><\/h3>\n<p>Se penchant sur le fond, le tribunal rejeta l\u2019argument des demandeurs selon lequel la Loi 442 elle-m\u00eame constituait une concession fonci\u00e8re, mais se rangea du c\u00f4t\u00e9 de la Roumanie et d\u00e9termina que la loi leur donnait simplement le droit de n\u00e9gocier une telle concession, qui n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9e comme un investissement par le TBI, et donc pas couverte, et ne pouvait faire l\u2019objet d\u2019une plainte pour expropriation. En outre, le tribunal rejeta l\u2019argument des demandeurs selon lequel la proc\u00e9dure de la Cour constitutionnelle roumaine abrogeant la Loi 442 \u00e9tait \u00ab\u00a0si manifestement fauss\u00e9e au titre du droit international\u00a0\u00bb qu\u2019elle garantissait une d\u00e9cision en faveur d\u2019un d\u00e9ni de justice ou d\u2019un traitement arbitraire ou discriminatoire (para. 326).<\/p>\n<p>Quand bien m\u00eame, le tribunal consid\u00e9ra que l\u2019abrogation de la Loi 442, en plus de la non mise \u00e0 disposition par la Roumanie de mesures alternatives de r\u00e8glement de la situation constituait une violation par la Roumanie de l\u2019engagement qu\u2019elle a pris dans le contrat de privatisation de Rodipet de mener \u00ab\u00a0tous les efforts raisonnables\u00a0\u00bb pour faciliter les concessions fonci\u00e8res de Rodipet, sur lesquelles se sont bas\u00e9s les demandeurs pour r\u00e9aliser leur investissement. Selon le tribunal, ce manque de r\u00e9action, apr\u00e8s que la promulgation de la Loi 442 ait cr\u00e9\u00e9 des attentes l\u00e9gitimes, r\u00e9sultait en une violation de la norme TJE au titre du TBI.<\/p>\n<h3><em>La restitution de Casa Bucur \u00e0 ses propri\u00e9taires originaux ne repr\u00e9sente pas une expropriation, mais les demandeurs avaient une attente l\u00e9gitime de r\u00e9cup\u00e9rer la somme vers\u00e9e pour l\u2019achat<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal d\u00e9termina \u00e9galement que la Roumanie avait viol\u00e9 une autre fois la norme TJE dans le cadre du diff\u00e9rend portant sur Casa Bucur. L\u2019achat de Casa Bucur a \u00e9t\u00e9 conclu lorsque la Roumanie r\u00e9formait sa loi sur la propri\u00e9t\u00e9 et restituait de nombreux biens historiques d\u00e9tenus par l\u2019\u00c9tat \u00e0 leurs propri\u00e9taires originaux. Les preuves montraient que le titre de propri\u00e9t\u00e9 de Casa Bucur \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9 de longue date par diff\u00e9rentes parties. Elles montr\u00e8rent \u00e9galement que les demandeurs \u00e9taient conscients de l\u2019incertitude concernant le titre, et l\u2019assumaient clairement, et conscients \u00e9galement du risque de restitution lors de l\u2019acquisition de la propri\u00e9t\u00e9. La propri\u00e9t\u00e9 a finalement \u00e9t\u00e9 rendue \u00e0 son propri\u00e9taire original au titre d\u2019une d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame roumaine.Les demandeurs argu\u00e8rent que le r\u00e9sultat \u00e9tait un \u00ab\u00a0exemple parfait d\u2019une expropriation\u00a0\u00bb (para. 426).<\/p>\n<p>Le tribunal n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord. Il consid\u00e9ra que les demandeurs \u00e9taient en effet pleinement conscients des risques et incertitudes au moment de l\u2019acquisition de la propri\u00e9t\u00e9. Il remarqua toutefois que les demandeurs avaient une attente l\u00e9gitime selon laquelle, si le risque se mat\u00e9rialisait, le prix d\u2019achat de la propri\u00e9t\u00e9 leur serait au moins rendu. Le tribunal consid\u00e9ra donc que le non remboursement par la Roumanie du prix d\u2019achat aux demandeurs constituait une violation de la norme TJE du TBI.<\/p>\n<h3><em>Les dommages<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal accorda aux demandeurs environ 7,5 millions d\u2019euros \u00e0 titre d\u2019indemnisation pour la violation de la norme TJE dans le diff\u00e9rend Rodipet, et environ 147\u00a0000 \u20ac pour la violation dans le diff\u00e9rend Casa Bucur. Ces deux montants provenaient de documents attestant des co\u00fbts non r\u00e9cup\u00e9rables investis par les demandeurs. En plus, le tribunal condamna \u00e9galement la Roumanie \u00e0 rembourser 1 million USD aux demandeurs pour couvrir une partie de leurs frais juridiques, et accorda \u00e9galement aux demandeurs 482\u00a0000\u00a0\u20ac, soit la moiti\u00e9 de la somme investie pour acc\u00e9der \u00e0 des documents saisis par le gouvernement. Tous les autres facteurs d\u2019indemnisation pr\u00e9sent\u00e9s par les demandeurs, notamment les pertes de profits et d\u2019\u00e9ventuelles ventes \u00e0 venir, ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s par le tribunal.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Piero Bernardini (pr\u00e9sident nomm\u00e9 sur accord des coarbitres, de nationalit\u00e9 italienne), de Hamid Gharavi (nomm\u00e9 par les demandeurs, de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise et iranienne), et de Rudolf Dolzer (nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur, de nationalit\u00e9 allemande). La d\u00e9cision est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4208.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4208.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Un tribunal conclut \u00e0 un abus de proc\u00e9dure dans la restructuration de l\u2019entreprise du demandeur\u00a0; le P\u00e9rou recouvre ses co\u00fbts<\/strong><\/h2>\n<p><em>Ren\u00e9e Rose Levy and Gremcitel S.A. c. la R\u00e9publique du P\u00e9rou, Affaire CIRDI n\u00b0\u00a0ARB\/11\/17<\/em><\/p>\n<p><strong>Martin Dietrich Brauch <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Dans une d\u00e9cision du 9 janvier 2015, un tribunal du Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements (CIRDI) a rejet\u00e9 le recours de Ren\u00e9e Rose Levy (une citoyenne fran\u00e7aise) et de Gremcitel S.A. (Gremcitel) contre le P\u00e9rou pour des raisons de comp\u00e9tence. Le tribunal a conclu que la restructuration de l\u2019entreprise men\u00e9e \u00e0 bien par les demandeurs \u00e9tait un abus de proc\u00e9dure, puisque son seul objectif \u00e9tait d\u2019obtenir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019arbitrage contre le P\u00e9rou au titre du Trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement France-P\u00e9rou (TBI).<\/p>\n<h3><em>Les faits<\/em><\/h3>\n<p>Morro Solar est un site historique du P\u00e9rou, prot\u00e9g\u00e9 par la loi p\u00e9ruvienne depuis 1977. En 1995, le Groupe Levy a achet\u00e9 des terres autour de Morro Solar pour y d\u00e9velopper le projet touristique et immobilier Costazul. Entre 2003 et 2004, les terres et les droits relatifs au projet ont \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9s au sein du demandeur Gremcitel, une entreprise du Groupe Levy enregistr\u00e9e au P\u00e9rou.<\/p>\n<p>En 2001, le Groupe Levy a soumis \u00e0 l\u2019Institut national p\u00e9ruvien de la culture (INC) une proposition pour la d\u00e9limitation historique de Morro Solar. L\u2019INC d\u00e9cida en 2003 qu\u2019il n\u2019y avait aucune raison de lever le statut de protection du site, et demanda au Groupe Levy de soumettre un projet pour la prospection et l\u2019excavation de ses terres, soulignant que tout projet de d\u00e9veloppement urbain \u00e9tait assujetti \u00e0 l\u2019approbation de l\u2019INC.<\/p>\n<p>L\u2019INC cr\u00e9a \u00e9galement une commission charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier la d\u00e9limitation du site de Morro Solar. Les \u00e9tudes furent conclues par un rapport en 2005, et par une r\u00e9solution en 2007 fond\u00e9e sur le rapport et formalisant les limites du site. Tout juste un jour avant l\u2019\u00e9mission de la r\u00e9solution en 2007, le contr\u00f4le direct de Gremcitel a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la demanderesse, Mme Levy.<\/p>\n<h3><em>Levy et Gremcitel pr\u00e9sentent un recours au titre du TJE<\/em><\/h3>\n<p>La r\u00e9solution de 2007 imposait aux terres de Mme Levy et de Gremcitel un statut d\u2019intangibilit\u00e9 qui n\u2019existait pas auparavant, frustrant ainsi leurs attentes l\u00e9gitimes de d\u00e9velopper le projet Costazul. Ils ont entam\u00e9 un arbitrage en mai 2011, all\u00e9guant que le P\u00e9rou avait viol\u00e9 la norme de traitement juste et \u00e9quitable (TJE) au titre du TBI et r\u00e9clamaient des dommages \u00e9valu\u00e9s par leur expert \u00e0 41 milliards USD.<\/p>\n<h3><em>Le statut d\u2019investisseur des demandeurs au moment o\u00f9 le diff\u00e9rend est survenu<\/em><\/h3>\n<p>La premi\u00e8re objection du P\u00e9rou \u00e0 la comp\u00e9tence du tribunal \u00e9tait que les demandeurs n\u2019avaient pas d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient des \u00ab\u00a0investisseurs\u00a0\u00bb au sens du TBI et de la Convention du CIRDI lorsque les \u00e9v\u00e9nements au c\u0153ur du diff\u00e9rend se sont produits. Le tribunal consid\u00e9ra que \u00ab\u00a0pour que le tribunal ait comp\u00e9tence sur une violation des normes substantives du pr\u00e9sent Trait\u00e9, celui-ci doit \u00eatre en vigueur et le citoyen ou l\u2019entreprise doit avoir d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 son investissement au moment de la violation all\u00e9gu\u00e9e\u00a0\u00bb (para. 146). Le P\u00e9rou a \u00e9galement affirm\u00e9 que \u00ab\u00a0la date \u00e0 retenir est la date \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9tat a adopt\u00e9 la mesure contest\u00e9e, m\u00eame lorsque celle-ci repr\u00e9sente le point culminant d\u2019un processus ou d\u2019une s\u00e9rie d\u2019\u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb (para. 146). Fixant la date \u00e0 retenir comme \u00e9tant celle de la publication de la r\u00e9solution de 2007, le tribunal consid\u00e9ra que Mme Levy (en tant que citoyenne fran\u00e7aise) et Gremcitel (alors directement contr\u00f4l\u00e9e par Mme Levy) satisfaisaient tous deux aux prescriptions personnelles et temporaires de \u00ab\u00a0l\u2019investisseur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><em>Un abus de proc\u00e9dure emp\u00eache le tribunal d\u2019\u00e9tablir sa comp\u00e9tence<\/em><\/h3>\n<p>Le P\u00e9rou arguait que le contr\u00f4le de Gremcitel avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Mme Levy compte tenu de sa nationalit\u00e9 fran\u00e7aise, dans le seul but de permettre au Groupe Levy de pr\u00e9senter un recours au titre du trait\u00e9 dans le cadre d\u2019un diff\u00e9rend \u00ab\u00a0existant ou pr\u00e9visible, et par ailleurs purement national\u00a0\u00bb (para. 85). Le P\u00e9rou s\u2019opposa \u00e0 la comp\u00e9tence du tribunal au motif qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un abus de proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>Le tribunal consid\u00e9ra qu\u2019une restructuration d\u2019entreprise dans le but d\u2019obtenir les b\u00e9n\u00e9fices d\u2019un trait\u00e9 n\u2019est en soi pas ill\u00e9gitime. Cependant, le faire pour invoquer les protections au titre d\u2019un trait\u00e9 peut constituer un abus de proc\u00e9dure si un diff\u00e9rend sp\u00e9cifique futur est \u00ab\u00a0pr\u00e9visible [\u2026] et pr\u00e9sente de fortes probabilit\u00e9s, et pas simplement une possible controverse\u00a0\u00bb, conform\u00e9ment au test de l\u2019affaire <em>Pac Rim c. El Salvador<\/em> (para. 185). Il se rangea du c\u00f4t\u00e9 des demandeurs et convint que l\u2019on ne pouvait pr\u00e9juger d\u2019un abus de droits, mais qu\u2019il fallait pour cela des crit\u00e8res \u00e9lev\u00e9s, ne pouvant \u00eatre satisfaits que par \u00ab\u00a0des circonstances tout \u00e0 fait exceptionnelles\u00a0\u00bb, comme au titre de l\u2019affaire <em>Chevron and Texaco c. Venezuela<\/em> (para. 186). Il s\u2019inspira ensuite de l\u2019affaire <em>Mobil c. Venezuela<\/em> et prit en compte \u00ab\u00a0toutes les circonstances de l\u2019affaire\u00a0\u00bb (para. 186) pour d\u00e9terminer si le diff\u00e9rend \u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9visible et pr\u00e9sentait de fortes probabilit\u00e9s\u00a0\u00bb lorsque Mme Levy a obtenu le contr\u00f4le de Gremcitel.<\/p>\n<p>Pour le tribunal, il ne faisait aucun doute que le transfert \u00ab\u00a0h\u00e2tif\u00a0\u00bb des parts de Gremcitel \u00e0 Mme Levy r\u00e9alis\u00e9 la veille de l\u2019\u00e9mission de la r\u00e9solution de 2007 n\u2019\u00e9tait pas une co\u00efncidence. Le tribunal \u00e9tait convaincu que les demandeurs \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 un agent en lien avec l\u2019INC \u2013 avaient connaissance du contenu du rapport de 2005 et pouvaient pr\u00e9voir que les limites du site seraient formalis\u00e9es en 2007.<\/p>\n<p>Les demandeurs expliqu\u00e8rent que le transfert des parts \u00e9tait le fruit d\u2019une d\u00e9cision familiale d\u2019internationaliser le projet. Toutefois, le tribunal \u00ab\u00a0ne voyait pas comment le transfert des parts \u00e0 un membre de la famille de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re pourrait internationaliser <em>le projet<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; il se rangea plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 du P\u00e9rou et d\u00e9termina que la seule intention motivant le transfert \u00e9tait d\u2019internationaliser \u00ab\u00a0le diff\u00e9rend national en devenir\u00a0\u00bb afin de gagner acc\u00e8s \u00e0 l\u2019arbitrage du CIRDI (para. 191).<\/p>\n<p>En outre, le tribunal qualifia d\u2019\u00ab\u00a0extr\u00eamement grave\u00a0\u00bb la tentative des demandeurs de d\u00e9montrer gr\u00e2ce \u00e0 des documents \u00ab\u00a0peu fiables, voire compl\u00e8tement trompeurs\u00a0\u00bb que Mme Levy \u00e9tait devenue une actionnaire indirecte de Gremcitel d\u00e8s 2005 (para. 194). Lors de l\u2019audience, une notaire publique a admis qu\u2019\u00e0 deux reprises, \u00e0 la demande des demandeurs, elle avait modifi\u00e9 les dates des documents notari\u00e9s portant sur le transfert des parts. Les demandeurs ont par la suite utilis\u00e9 ces m\u00eames documents pour tenter d\u2019\u00e9tablir la comp\u00e9tence du tribunal. Selon le tribunal, \u00ab\u00a0le comportement manipulateur [des demandeurs] jetait un voile sombre sur leurs actions\u00a0\u00bb (para. 194).<\/p>\n<p>Compte tenu des circonstances, le tribunal d\u00e9termina que la restructuration faisant de Mme Levy l\u2019actionnaire majoritaire de Gremcitel \u00e9tait un abus de proc\u00e9dure, emp\u00eachant le tribunal d\u2019\u00e9tablir sa comp\u00e9tence. Au vu des doctrines d\u2019\u00e9conomie judiciaire, il d\u00e9termina \u00e9galement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas n\u00e9cessaire d\u2019aborder la troisi\u00e8me objection juridictionnelle du P\u00e9rou, selon laquelle les demandeurs n\u2019avaient pas r\u00e9alis\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019investissement\u00a0\u00bb puisqu\u2019ils ne pouvaient d\u00e9montrer qu\u2019ils avaient le droit de d\u00e9velopper le projet Costazul, et n\u2019avaient pas r\u00e9alis\u00e9 de contributions financi\u00e8res ni pris de risque.<\/p>\n<h3><em>Le P\u00e9rou obtient une d\u00e9cision sur les co\u00fbts <\/em><\/h3>\n<p>Puisqu\u2019il s\u2019est prononc\u00e9 sur un abus de proc\u00e9dure contre les demandeurs, le tribunal les condamna \u00e0 payer tous les co\u00fbts de la proc\u00e9dure, notamment les honoraires des arbitres.<\/p>\n<p>Les d\u00e9penses et frais juridiques des demandeurs repr\u00e9sentaient plus de 1,5 millions USD, et ceux du P\u00e9rou environ 5,3 millions USD. Pour le tribunal, cet \u00e9cart montrait que les demandeurs avaient tent\u00e9 de minimiser leurs co\u00fbts, et pas le P\u00e9rou. Il ordonna aux demandeurs de contribuer au r\u00e8glement des frais et d\u00e9penses du P\u00e9rou \u00e0 hauteur de 1,5 millions USD \u2013 soit le montant de leurs propres frais.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal du CIRDI \u00e9tait compos\u00e9 de Gabrielle Kaufmann-Kohler (pr\u00e9sidente, nomm\u00e9e par le pr\u00e9sident du conseil administratif, de nationalit\u00e9 suisse), d\u2019Eduardo Zuleta (nomm\u00e9 par les demandeurs, de nationalit\u00e9 colombienne) et de Ra\u00fal E. Vinuesa (nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur, de nationalit\u00e9 espagnole et argentine). La d\u00e9cision est disponible sur <a href=\"https:\/\/icsid.worldbank.org\/ICSID\/FrontServlet?requestType=CasesRH&amp;actionVal=showDoc&amp;docId=DC5652_En&amp;caseId=C1640\">https:\/\/<span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips18'>ICSID<\/span>.worldbank.org\/ICSID\/FrontServlet?requestType=CasesRH&amp;actionVal=showDoc&amp;docId=DC5652_En&amp;caseId=C1640<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Un tribunal de la CNUDCI reconnait un d\u00e9ni de justice de la part des tribunaux indon\u00e9siens, mais rejette la demande de dommage et int\u00e9r\u00eat du demandeur pour cause de m\u00e9conduite<\/strong><\/h2>\n<p><em>Hesham T. M. Al Warraq c. la R\u00e9publique d\u2019Indon\u00e9sie<\/em>, <em>CNUDCI<\/em><\/p>\n<p><strong>Marquita Davis <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Dans une d\u00e9cision du 15 d\u00e9cembre 2014, un tribunal de la CNUDCI a reconnu un d\u00e9ni de justice dans les proc\u00e9dures p\u00e9nales indon\u00e9siennes par contumace contre Hesham T. M. Al Warraq, un citoyen saoudien.<\/p>\n<p>Bien qu\u2019elle ait d\u00e9termin\u00e9 que l\u2019Indon\u00e9sie avait viol\u00e9 ses obligations de traitement juste et \u00e9quitable (TJE) au titre de l\u2019accord d\u2019investissement de l\u2019Organisation de la Conf\u00e9rence islamique (l\u2019Accord de l\u2019OCI), la majorit\u00e9 du tribunal jugea que le recours de Warraq pour expropriation n\u2019\u00e9tait pas recevable car il avait viol\u00e9 son obligation de respecter les lois indon\u00e9siennes au titre de l\u2019Accord de l\u2019OCI. Le tribunal rejeta les demandes reconventionnelles de l\u2019Indon\u00e9sie sur le fond, et ordonna aux parties de payer leurs propres frais juridiques et de se partager les co\u00fbts de l\u2019arbitrage.<\/p>\n<h3><em>Le contexte<\/em><\/h3>\n<p>En 2004, Warraq est devenu le seul actionnaire de First Gulf Asia Holdings Limited (FGAH), une entreprise des Bahamas qui avait acquis des parts dans trois banques indon\u00e9siennes qui ont plus tard fusionn\u00e9 pour former Bank Century. Au moment de l\u2019arbitrage, FGAH d\u00e9tenait des parts dans Bank Century \u00e0 hauteur d\u2019environ 14 millions USD.<\/p>\n<p>En octobre 2008, Bank Century connu des probl\u00e8mes de liquidit\u00e9s. Warraq, en tant qu\u2019actionnaire majoritaire, et d\u2019autres actionnaires sign\u00e8rent une lettre d\u2019engagement aupr\u00e8s de Bank Indonesia, la banque centrale indon\u00e9sienne, pour r\u00e9aliser des strat\u00e9gies de redressement. En novembre 2008, Bank Century a demand\u00e9 un soutien de tr\u00e9sorerie \u00e0 Bank Indonesia, qui a approuv\u00e9 le renflouement de Bank Century et a plac\u00e9 la banque sous \u00ab\u00a0surveillance sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb, puis sous administration de l\u2019agence indon\u00e9sienne de garantie des d\u00e9p\u00f4ts bancaires.<\/p>\n<p>Plusieurs enqu\u00eates ont \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9es pour examiner les recours publics portant sur la l\u00e9galit\u00e9 du sauvetage financier. Bank Indonesia d\u00e9non\u00e7a Warraq \u00e0 la police nationale pour irr\u00e9gularit\u00e9s bancaires. Warraq et d\u2019autres ont alors fait l\u2019objet d\u2019une enqu\u00eate p\u00e9nale portant sur l\u2019effondrement de Bank Century. Un mandat pour l\u2019arrestation de Warraq a \u00e9t\u00e9 \u00e9mis en d\u00e9cembre 2008, et en mars 2010, il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de fraude bancaire, de mauvaise gestion et de transfert ill\u00e9gal de fonds bancaires. Il ne s\u2019est pas rendu dans le pays pour les proc\u00e9dures, craignant de ne pas recevoir un proc\u00e8s \u00e9quitable. Son proc\u00e8s a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 en son absence, il a \u00e9t\u00e9 reconnu coupable de plusieurs crimes le 16 d\u00e9cembre 2010, et environ 230\u00a0000 USD ont \u00e9t\u00e9 saisis sur ses actifs. Warraq a lanc\u00e9 l\u2019arbitrage le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 2011.<\/p>\n<h3><em>Warraq est reconnu comme \u00ab investisseur\u00a0\u00bb au titre de l\u2019Accord de l\u2019OCI<\/em><\/h3>\n<p>Warraq arguait que, puisqu\u2019il d\u00e9tenait FGAH et \u00e9tait citoyen saoudien, il pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un investisseur, tandis que l\u2019Indon\u00e9sie avan\u00e7ait que l\u2019Accord de l\u2019OCI ne prot\u00e8ge que les \u00ab\u00a0investissements directs\u00a0\u00bb. Consid\u00e9rant que l\u2019Accord de l\u2019OCI n\u2019exige pas explicitement des investisseurs qu\u2019ils d\u00e9tiennent directement un capital, le tribunal convint que Warraq pouvait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un investisseur \u00ab\u00a0gr\u00e2ce \u00e0 sa propri\u00e9t\u00e9 indirecte de Bank Century par le biais de FGAH\u00a0\u00bb (para. 517).<\/p>\n<h3><em>Le tribunal rejette l\u2019argument selon lequel le sauvetage de 2008 constituait une expropriation<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal a ensuite examin\u00e9 l\u2019argument selon lequel le sauvetage financier de Bank Century par Bank Indonesia et la participation passive subs\u00e9quente de celle-ci dans Bank Century \u00e9quivalait \u00e0 une expropriation de l\u2019investissement de Warraq. Se rangeant du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Indon\u00e9sie, le tribunal consid\u00e9ra que Warraq avait pleinement connaissance des termes du sauvetage et les avait accept\u00e9s, et maintenait le contr\u00f4le des parts qu\u2019il d\u00e9tenait avant le sauvetage. Le tribunal consid\u00e9ra ensuite que l\u2019Indon\u00e9sie avait toute discr\u00e9tion et autorit\u00e9 pour lancer une proc\u00e9dure de sauvetage financier.<\/p>\n<h3><em>Bank Indonesia n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9gligente dans sa supervision de Bank Century<\/em><\/h3>\n<p>Warraq arguait que la supervision n\u00e9gligente de Bank Century par Bank Indonesia \u00e9quivalait \u00e0 une expropriation. Soutenu par la d\u00e9claration de l\u2019expert indon\u00e9sien selon laquelle les lacunes dans la supervision n\u2019atteignaient pas le niveau de la n\u00e9gligence, le tribunal rejeta cet argument, consid\u00e9rant que Bank Indonesia avait \u00ab\u00a0fait preuve de suffisamment de diligence dans ses activit\u00e9s de supervision\u00a0\u00bb (para. 538).<\/p>\n<h3><em>Les recours fond\u00e9s sur les attentes l\u00e9gitimes et sur la s\u00e9curit\u00e9 et la protection ad\u00e9quates sont rejet\u00e9s <\/em><em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p>Warraq a formul\u00e9 un recours fond\u00e9 sur ses attentes l\u00e9gitimes relatives \u00e0 la supervision de Bank Century par Bank Indonesia. Le tribunal a rejet\u00e9 ce recours d\u00e9clarant que le devoir fondamental de diligence de Bank Indonesia \u00e9tait envers les d\u00e9posants, et non envers les investisseurs de portefeuille tels que Warraq.<\/p>\n<p>Il rejeta \u00e9galement le recours selon lequel l\u2019Indon\u00e9sie avait viol\u00e9 son obligation de fournir \u00ab\u00a0une s\u00e9curit\u00e9 et protection ad\u00e9quates\u00a0\u00bb pendant le sauvetage et la supervision de Bank Century. Le tribunal affirma que le pays h\u00f4te n\u2019avait que l\u2019obligation de fournir \u00ab\u00a0une mesure raisonnable de protection, qu\u2019un gouvernement bien g\u00e9r\u00e9 serait tenu de fournir dans des circonstances similaires\u00a0\u00bb (para. 635), et que l\u2019Indon\u00e9sie avait respect\u00e9 cette obligation.<\/p>\n<p>Finalement, il rejeta le recours de Warraq selon lequel l\u2019Indon\u00e9sie avait viol\u00e9 cette obligation de fournir une s\u00e9curit\u00e9 et protection ad\u00e9quates en violant ses droits \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable, car il consid\u00e9ra que cette protection ne s\u2019appliquait qu\u2019aux \u00ab\u00a0investissements\u00a0\u00bb et non pas aux \u00ab\u00a0investisseurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3><em>Le tribunal rejette l\u2019argument selon lequel l\u2019Accord de l\u2019OCI donne \u00e0 l\u2019investisseur le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable<\/em><\/h3>\n<p>L\u2019article 10 de l\u2019Accord de l\u2019OCI pr\u00e9cise les \u00ab\u00a0droits \u00e9l\u00e9mentaires\u00a0\u00bb des investisseurs. Le demandeur argua que cela incluait les \u00ab\u00a0droits fondamentaux\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0droits humains, civils et politiques codifi\u00e9s dans le droit international\u00a0\u00bb (para. 519), y compris le droit \u00e0 un proc\u00e8s \u00e9quitable au titre de l\u2019article 14 du Pacte international sur les droits civils et politiques (PIDCP).<\/p>\n<p>Le tribunal d\u00e9termina que ces \u00ab\u00a0droits \u00e9l\u00e9mentaires\u00a0\u00bb faisaient r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u00a0droits de propri\u00e9t\u00e9 de base\u00a0\u00bb li\u00e9s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019utilisation, au contr\u00f4le et \u00e0 la jouissance de l\u2019investissement. Il remarqua toutefois qu\u2019il r\u00e9examinerait la question lors de l\u2019examen du recours fond\u00e9 sur le TJE.<\/p>\n<h3><em>La disposition TJE import\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la clause NPF<\/em><\/h3>\n<p>Bien que l\u2019Accord de l\u2019OCI contienne une disposition TJE, Warraq a cherch\u00e9 \u00e0 importer l\u2019obligation TJE contenue dans le TBI Royaume-Uni-Indon\u00e9sie en invoquant la clause de la Nation la plus favoris\u00e9e (NPF) contenue dans l\u2019Accord de l\u2019OCI. L\u2019Indon\u00e9sie r\u00e9torqua que la disposition NPF ne s\u2019appliquait que dans le contexte de la m\u00eame activit\u00e9 \u00e9conomique et que les deux trait\u00e9s abordaient des activit\u00e9s diff\u00e9rentes. Le tribunal importa la clause TJE, consid\u00e9rant que l\u2019objet et le but de l\u2019Accord de l\u2019OCI, tel que soulign\u00e9 dans le pr\u00e9ambule, \u00e9tait la promotion et la protection des investissements, qui conf\u00e8rent un large \u00e9ventail de droits aux investisseurs.<\/p>\n<h3><em>Le TJE et le PIDCP<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal souligna que les \u00c9tats n\u2019ont aucune obligation au titre du droit international de fournir un \u00ab\u00a0syst\u00e8me juridique parfait, mais [ont l\u2019obligation] de fournir un syst\u00e8me juridique o\u00f9 les erreurs majeures sont \u00e9vit\u00e9es ou r\u00e9par\u00e9es\u00a0\u00bb (para. 620). Il souligna que les crit\u00e8res pour d\u00e9terminer un d\u00e9ni de justice \u00e9taient \u00e9lev\u00e9s et d\u00e9clara qu\u2019un d\u00e9ni de justice constitue une violation de la norme TJE. Selon le tribunal, le PIDCP \u00e9tait un outil pertinent pour mesurer le degr\u00e9 de conformit\u00e9 des tribunaux indon\u00e9siens aux normes internationales relatives \u00e0 la r\u00e9gularit\u00e9 de la proc\u00e9dure, et pour d\u00e9terminer s\u2019il y avait eu ou non d\u00e9ni de justice. Pour ce faire, et sans s\u2019attarder sur les \u00e9l\u00e9ments de la norme TJE elle-m\u00eame, le tribunal se basa largement sur le PIDCP, qu\u2019il interpr\u00e9ta comme contenant des obligations juridiquement contraignantes pour l\u2019Indon\u00e9sie en tant qu\u2019\u00c9tat partie. Il d\u00e9termina \u00e9galement que, au-del\u00e0 des dispositions explicites, le PIDCP incluait un principe g\u00e9n\u00e9ral contraignant de \u00ab\u00a0bonne foi\u00a0\u00bb pour les \u00c9tats.<\/p>\n<p>Le tribunal affirma que \u00ab\u00a0toute personne accus\u00e9e d\u2019un d\u00e9lit p\u00e9nal dispose d\u2019un droit fondamental sans restriction \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent lors de son proc\u00e8s et \u00e0 se d\u00e9fendre\u00a0\u00bb au titre du PIDCP (para. 564), mais consid\u00e9ra qu\u2019un proc\u00e8s par contumace ne constituait pas une violation syst\u00e9matique du PIDCP. Il consid\u00e9ra que Warraq n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 correctement inform\u00e9 des accusations p\u00e9nales ou de sa condamnation, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 comme suspect, et avait \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de nommer un repr\u00e9sentant juridique lors de son proc\u00e8s et pendant la proc\u00e9dure d\u2019appel. Aussi, l\u2019Indon\u00e9sie n\u2019avait pas respect\u00e9 les mesures fondamentales de sauvegarde \u00e9tablies dans le PIDCP, ce qui constitue un d\u00e9ni de justice en violation du PIDCP.<\/p>\n<p>Le tribunal rejeta les recours de Warraq selon lequel les pr\u00e9tendues demandes de pots-de-vin de la part de repr\u00e9sentants indon\u00e9siens constituaient une violation du TJE, avan\u00e7ant \u00e0 la fois un manque de preuves, et un manque de lien entre la suppos\u00e9e conduite de l\u2019\u00c9tat et la d\u00e9possession de son investissement.<\/p>\n<h3><em>La violation de l\u2019Accord de l\u2019OCI par le demandeur rend le recours relatif aux dommages irrecevable<\/em><\/h3>\n<p>L\u2019article 9 de l\u2019Accord de l\u2019OCI exige explicitement des investisseurs qu\u2019ils respectent certaines normes et s\u2019abstiennent de mener des activit\u00e9s ill\u00e9gales.<\/p>\n<p>Le tribunal consid\u00e9ra que Warraq avait commis six types de fraude bancaire et viol\u00e9 son obligation au titre de l\u2019article 9 de ne pas agir de mani\u00e8re \u00ab\u00a0pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat public\u00a0\u00bb en n\u2019\u00e9tant pas pleinement conscient de ses obligations au titre du droit indon\u00e9sien, en tant que membre unique du conseil d\u2019administration de Bank Century.<\/p>\n<p>Invoquant la doctrine des mains sales, la majorit\u00e9 du tribunal consid\u00e9ra que, compte tenu de la violation du droit indon\u00e9sien par Warraq, il s\u2019\u00e9tait priv\u00e9 de la protection offerte par l\u2019Accord de l\u2019OCI, et que sa demande relative aux dommages \u00e9tait irrecevable. L\u2019un des arbitres n\u2019\u00e9tait pas d\u2019accord puisque, selon lui, les ill\u00e9galit\u00e9s de l\u2019action de Warraq n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9es \u00e0 l\u2019acquisition de son investissement. Il affirma que Warraq avait droit au remboursement des frais juridiques engag\u00e9s en lien avec sa condamnation abusive.<\/p>\n<h3><em>Le tribunal affirma sa comp\u00e9tence sur les demandes reconventionnelles, mais les rejeta toutes sur le fond<\/em><em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p>Au titre d\u2019une autorisation sp\u00e9cifique de l\u2019Accord de l\u2019OCI, le tribunal affirma sa comp\u00e9tence sur les demandes reconventionnelles de l\u2019Indon\u00e9sie portant sur les fraudes bancaires suppos\u00e9es commises par Warraq. Bien que ces demandes reconventionnelles fussent \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement ainsi qu\u2019aux recours portant sur le sauvetage financier de la banque, elles n\u2019ont pas d\u00e9pass\u00e9 l\u2019\u00e9tape de l\u2019examen quant au fond car l\u2019Indon\u00e9sie n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 identifier la responsabilit\u00e9 personnelle de Warraq vis-\u00e0-vis de toutes les autres personnes et organisations non parties \u00e0 l\u2019arbitrage.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Bernardo M. Cremades (pr\u00e9sident nomm\u00e9 sur accord des coarbitres), de Michael Hwang (nomm\u00e9 par le demandeur), et de Fali S. Nariman (nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur). La d\u00e9cision est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4164.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4164.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Apr\u00e8s que le demandeur ait adress\u00e9 une notification de retrait de l\u2019arbitrage, la R\u00e9publique tch\u00e8que obtient une d\u00e9cision portant sur les co\u00fbts <\/strong><\/h2>\n<p><em>Forminster Enterprises Limited (Cyprus) c. la R\u00e9publique tch\u00e8que, CNUDCI<\/em><\/p>\n<p><strong>Joe Zhang <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Dans une d\u00e9cision finale du 5 d\u00e9cembre 2014, un tribunal de la CNUDCI d\u00e9termina que l\u2019investisseur ne pouvait pas unilat\u00e9ralement mettre fin \u00e0 la proc\u00e9dure d\u2019arbitrage en retirant sa notification d\u2019arbitrage, et lui ordonna de rembourser \u00e0 la R\u00e9publique tch\u00e8que tous les co\u00fbts et d\u00e9penses li\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure.<\/p>\n<h3><em>Le contexte<\/em><\/h3>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Le 9 janvier 2014, le demandeur enregistr\u00e9 \u00e0 Chypre, Forminster Enterprise Limited (Forminster), a formul\u00e9 une notification d\u2019arbitrage contre la R\u00e9publique tch\u00e8que, arguant que le pays avait expropri\u00e9 l\u2019investissement de Forminster, en violation du trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement R\u00e9publique tch\u00e8que-Chypre (TBI). La R\u00e9publique tch\u00e8que a accus\u00e9 r\u00e9ception de la notification d\u2019arbitrage le 21 janvier.<\/p>\n<p>\u00c0 peine quelques semaines plus tard, le 6 f\u00e9vrier, Forminster adressa une notification de retrait d\u2019arbitrage \u00e0 la R\u00e9publique tch\u00e8que, pr\u00e9cisant vouloir changer de for \u00ab\u00a0pour suivre une autre plan d\u2019action\u00a0\u00bb (para. 14). Forminster pr\u00e9tendait dans le m\u00eame courrier que, puisque le tribunal arbitral n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9, la proc\u00e9dure devait \u00eatre class\u00e9e sans pr\u00e9judice \u00e0 r\u00e9ception du courrier.<\/p>\n<p>Le 26 f\u00e9vrier, la R\u00e9publique tch\u00e8que a r\u00e9pondu \u00e0 la notification de retrait d\u2019arbitrage de Forminster en s\u2019opposant au classement de la proc\u00e9dure et se r\u00e9servait les droits de r\u00e9clamer le remboursement des co\u00fbts.<\/p>\n<p>Un mois plus tard, un tribunal de trois personnes a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9 au titre du R\u00e8glement d\u2019arbitrage de 1976 de la CNUDCI (le R\u00e8glement de la CNUDCI).<\/p>\n<p>Le 10 juillet, la R\u00e9publique tch\u00e8que a pr\u00e9sent\u00e9 sa premi\u00e8re et unique soumission, demandant au tribunal de classer la proc\u00e9dure et de lui octroyer le remboursement int\u00e9gral de ses co\u00fbts et d\u00e9penses li\u00e9s \u00e0 la proc\u00e9dure.<\/p>\n<p>Dans sa soumission du 11 ao\u00fbt, Forminster argua que la proc\u00e9dure aurait d\u00fb \u00eatre class\u00e9e d\u00e8s r\u00e9ception de sa notification de retrait d\u2019arbitrage soit du fait de la notification elle-m\u00eame, ou du fait que la proc\u00e9dure \u00e9tait devenue \u00ab\u00a0inutile\u00a0\u00bb au sens de l\u2019article 34(2) du r\u00e8glement de la CNUDCI. Il argua en outre qu\u2019aucun remboursement ne devait \u00eatre accord\u00e9 au d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p>Puisqu\u2019aucune des parties ne contestaient les faits \u00e0 l\u2019origine du diff\u00e9rend, le tribunal limita le fond de l\u2019arbitrage \u00e0 la cl\u00f4ture de la proc\u00e9dure et \u00e0 la demande de remboursement de la R\u00e9publique tch\u00e8que.<\/p>\n<h3><em>La cl\u00f4ture unilat\u00e9rale d\u2019une proc\u00e9dure est inacceptable<\/em><strong>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Le tribunal rejeta d\u2019abord l\u2019argument de Forminster selon lequel il avait le droit de cl\u00f4turer unilat\u00e9ralement la proc\u00e9dure d\u2019arbitrage en adressant une notification de retrait de la demande d\u2019arbitrage avant ou en l\u2019absence de la constitution d\u2019un tribunal arbitral. Le tribunal consid\u00e9ra qu\u2019un tel argument autoriserait Forminster \u00e0 tourner le dos \u00e0 la demande de remboursement du d\u00e9fendeur, r\u00e9sultat jug\u00e9 \u00ab\u00a0inacceptable \u00e0 tous points de vue\u00a0\u00bb (para. 70).<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il ait reconnu que le r\u00e8glement de la CNUDCI autorisait un tribunal \u00e0 cl\u00f4turer la proc\u00e9dure lorsque celle-ci est jug\u00e9e \u00ab\u00a0inutile\u00a0\u00bb, le tribunal refusa d\u2019appliquer une telle disposition car il consid\u00e9rait que le d\u00e9fendeur avait encore \u00ab\u00a0un int\u00e9r\u00eat l\u00e9gitime \u00e0 faire reconnaitre le remboursement des co\u00fbts\u00a0\u00bb (para. 77) et que la proc\u00e9dure ne pouvait \u00eatre cl\u00f4tur\u00e9e avant que cette question ne soit tranch\u00e9e.<\/p>\n<h3><em>La demande de remboursement des co\u00fbts de la R\u00e9publique tch\u00e8que<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal reconnu sa comp\u00e9tence pour trancher la question du remboursement des co\u00fbts, sur laquelle la R\u00e9publique tch\u00e8que avait r\u00e9serv\u00e9 ses droits au moment opportun et pr\u00e9sent\u00e9 plus tard. Il d\u00e9termina ensuite que le pays avait engag\u00e9 des frais importants compte tenu de la non poursuite par Forminster de son recours apr\u00e8s avoir adress\u00e9 une notification d\u2019arbitrage. Aussi, le tribunal d\u00e9clara que la R\u00e9publique tch\u00e8que avait le droit d\u2019obtenir une d\u00e9cision sur ces co\u00fbts.<\/p>\n<p>Les frais r\u00e9clam\u00e9s par la R\u00e9publique tch\u00e8que avaient \u00e9t\u00e9 partiellement engag\u00e9s avant 2014, dans le cadre d\u2019une demande pr\u00e9alable de Forminster. Le tribunal rejeta cette partie des frais, puisque la R\u00e9publique tch\u00e8que ne pouvait d\u00e9montrer leur lien avec la proc\u00e9dure de 2014. Il accorda toutefois au pays le remboursement des frais restants, car il consid\u00e9ra que \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quit\u00e9 exige que le montant des frais accord\u00e9 au d\u00e9fendeur pour l\u2019ann\u00e9e 2014 ne [doit] \u00eatre r\u00e9duit davantage au motif que le d\u00e9fendeur n\u2019avait r\u00e9ussi \u00e0 recouvrir aucun des co\u00fbts [engag\u00e9s au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes]\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le remboursement accord\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique tch\u00e8que repr\u00e9sentait environ 12\u00a0700 \u20ac pour les frais de repr\u00e9sentations internes et externes, et 20\u00a0000 \u20ac pour les frais d\u2019arbitrage, pay\u00e9s d\u2019avance. Le tribunal indiqua que, pour l\u2019\u00e9tude du dossier et l\u2019\u00e9laboration de trois ordonnances de proc\u00e9dure et d\u2019une d\u00e9cision finale, les trois arbitres avaient pass\u00e9 en tout 80 heures sur l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Le tribunal n\u2019appliqua toutefois pas le taux horaire de 400 \u20ac pr\u00e9c\u00e9demment fix\u00e9 (para. 22), qui aurait donn\u00e9 lieu \u00e0 un co\u00fbt total de 32\u00a0000 \u20ac pour l\u2019arbitrage. Il alloua plut\u00f4t 8\u00a0000 \u20ac au pr\u00e9sident du tribunal, et 6\u00a0000 \u20ac \u00e0 chacun des arbitres nomm\u00e9s par les parties, indiquant que la totalit\u00e9 des 20\u00a0000 \u20ac pay\u00e9s d\u2019avance avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9pens\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Paolo Michele Patocchi (pr\u00e9sident nomm\u00e9 sur accord des coarbitres), de Martin Hunter (nomm\u00e9 par le demandeur), et d\u2019August Reinisch (nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur). La d\u00e9cision est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4109.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4109.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<h2><strong>Le recours d\u2019un investisseur allemand contre les Philippines portant sur la concession pour l\u2019a\u00e9roport de Manille aupr\u00e8s du CIRDI \u00e9choue pour la seconde fois <\/strong><\/h2>\n<p><em>Fraport AG Frankfurt Airport Services Worldwide c. la R\u00e9publique des Philippines, Affaire CIRDI n\u00b0\u00a0ARB\/11\/12<\/em><\/p>\n<p><strong>Matthew Levine <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[*]<\/a><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Un deuxi\u00e8me tribunal arbitral du Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements (CIRDI) a atteint la phase de la sentence dans un long diff\u00e9rend opposant une entreprise multinationale allemande, Fraport, \u00e0 la R\u00e9publique des Philippines.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Le tribunal du CIRDI a d\u00e9termin\u00e9 que des ill\u00e9galit\u00e9s li\u00e9es \u00e0 l\u2019investissement initial de Fraport entrainaient un d\u00e9faut de comp\u00e9tence mat\u00e9rielle (<em>ratione materiae<\/em>) au titre du Trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement (TBI) Allemagne-Philippines de 1997. Dans le m\u00eame temps, le tribunal a d\u00e9clin\u00e9 sa comp\u00e9tence sur les demandes reconventionnelles portant sur les actes pr\u00e9sum\u00e9s de corruption et de fraude de Fraport.<\/p>\n<p>Le tribunal a ordonn\u00e9 \u00e0 Fraport de payer 5 millions USD aux Philippines pour ses frais et co\u00fbts de repr\u00e9sentation, en application partielle du principe selon lequel la partie qui succombe est condamn\u00e9e aux d\u00e9pens.<\/p>\n<h3><em>Le contexte <\/em><\/h3>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, le gouvernement philippin du Pr\u00e9sident Ramos a d\u00e9cid\u00e9 de construire un troisi\u00e8me terminal pour passager \u00e0 l\u2019a\u00e9roport principal de Manille. Un groupe d\u2019entreprises locales a remport\u00e9 le march\u00e9 et cr\u00e9\u00e9 Philippines International Air Terminals Co., Inc. (PIATCO) pour la signature du contrat de concession.<\/p>\n<p>Op\u00e9rateur a\u00e9roportuaire exp\u00e9riment\u00e9, Fraport a achet\u00e9 des parts de PIATCO et d\u2019un ensemble d\u2019entreprises philippines d\u00e9tenant des parts de PIATCO en 1999. Entre 2001 et 2002, la relation entre PIATCO et le gouvernement s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e. En novembre 2002, alors que la construction du nouveau terminal touchait \u00e0 sa fin (d\u2019apr\u00e8s Fraport), le Pr\u00e9sident d\u2019alors, Macapagal-Arroyo, annon\u00e7a que l\u2019accord de concession \u00e9tait juridiquement nul et ne serait pas honor\u00e9. Par la suite, la Cour supr\u00eame des Philippines a d\u00e9clar\u00e9 que la concession \u00e9tait invalide d\u00e8s le d\u00e9part. Conform\u00e9ment aux proc\u00e9dures d\u2019expropriation nationales, un tribunal a transf\u00e9r\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 au gouvernement, qui a commenc\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer le nouveau terminal en 2008. La proc\u00e9dure nationale visant \u00e0 fixer le montant de l\u2019indemnisation est toujours en cours.<\/p>\n<p>En 2007, un premier tribunal du CIRDI avait rejet\u00e9 le recours de Fraport au titre du TBI Allemagne-Philippines d\u00e9terminant que l\u2019entreprise avait contourn\u00e9 une loi nationale (en l\u2019esp\u00e8ce la loi \u00ab\u00a0anti-dummy\u00a0\u00bb). En 2010, un comit\u00e9 ad hoc du CIRDI a cependant annul\u00e9 la d\u00e9cision de 2007.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 l\u2019annulation de la sentence de 2007, Fraport a d\u00e9cid\u00e9 de pr\u00e9senter une nouvelle demande d\u2019arbitrage au CIRDI en 2011.<\/p>\n<h3><em>L\u2019admission est un pr\u00e9requis de l\u2019investissement <\/em><\/h3>\n<p>Les Philippines se sont oppos\u00e9es \u00e0 la comp\u00e9tence du tribunal au motif que les activit\u00e9s de Fraport n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es conform\u00e9ment au droit national et donc ne pouvaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme un investissement au titre du TBI.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>L\u2019article 1(1) du TBI d\u00e9finit \u00ab\u00a0l\u2019investissement\u00a0\u00bb comme \u00ab\u00a0tout type d\u2019actif accept\u00e9 conform\u00e9ment aux lois et r\u00e9glementations respectives de l\u2019un ou l\u2019autre des \u00c9tats contractants\u00a0\u00bb. Si Fraport a essay\u00e9 d\u2019arguer que ce libell\u00e9 devait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme \u00e9tant une \u00ab\u00a0clause d\u2019admission\u00a0\u00bb, le tribunal l\u2019a consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0une condition juridique\u00a0\u00bb. Le tribunal a ensuite pris note de l\u2019affaire <em>EDF International et autres c. Argentine<\/em> et remarqu\u00e9 que\u00a0: \u00ab\u00a0M\u00eame en l\u2019absence de la prescription explicite de l\u00e9galit\u00e9 qui existe ici, il serait tout de m\u00eame appropri\u00e9 d\u2019examiner la l\u00e9galit\u00e9 de l\u2019investissement. Comme d\u2019autres tribunaux l\u2019ont remarqu\u00e9, il existe un principe international de plus en plus r\u00e9pandu selon lequel les recours juridiques internationaux ne sont plus disponibles pour les investissements ill\u00e9gaux, en tous cas lorsque l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 concerne le fond-m\u00eame de l\u2019investissement\u00a0\u00bb (para. 332).<strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<h3><em>L\u2019investissement n\u2019est pas admis pour cause de violation du droit national<\/em><\/h3>\n<p>Les Philippines ont avanc\u00e9 avec succ\u00e8s que les accords qu\u2019avait utilis\u00e9 Fraport pour investir dans PIATCO et ses filiales violaient une loi nationale. Cette loi de lutte contre le faux interdit toute intervention \u00e9trang\u00e8re dans la gestion, l\u2019op\u00e9ration, l\u2019administration ou le contr\u00f4le d\u2019un service public\u00a0; cependant, les accords d\u2019achat des parts de Fraport pr\u00e9cisent que les actionnaires philippins de PIATCO devraient dans certaines circonstances agir sur les recommandations de Fraport. Le tribunal a reconnu que ces accords violaient la loi nationale et que Fraport n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0admis\u00a0\u00bb conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 1(1) du TBI. Il n\u2019y avait donc pas d\u2019investissement aux fins de la comp\u00e9tence du tribunal.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Fraport a sugg\u00e9r\u00e9 sans succ\u00e8s que ces accords d\u2019achat de parts ne repr\u00e9sentaient que de simples \u00ab\u00a0pr\u00e9visions\u00a0\u00bb d\u2019intervention dans la gestion, l\u2019op\u00e9ration, l\u2019administration ou le contr\u00f4le de PIATCO et qu\u2019une telle pr\u00e9vision n\u2019\u00e9tait pas suffisante pour que le tribunal d\u00e9termine une violation du droit national. Fraport d\u00e9clara \u00e9galement avoir amend\u00e9 les accords d\u2019achat des parts qui posaient probl\u00e8mes, mais le tribunal d\u00e9termina que la violation originale du droit ne pouvait \u00eatre rectifi\u00e9e dans le droit national. Finalement, le tribunal rejeta l\u2019argument selon lequel Fraport s\u2019\u00e9tait content\u00e9 de se reposer de bonne foi sur l\u2019expertise de juristes locaux. Le tribunal remarqua plut\u00f4t que l\u2019entreprise \u00e9tait consciente de l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 des accords et avait tout de m\u00eame choisi de prendre le risque.<\/p>\n<h3><em>Les all\u00e9gations de corruption et de fraude ne sont pas \u00e9tay\u00e9es<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal examina \u00e9galement si la comp\u00e9tence \u00e9tait amoindrie et si le recours \u00e9tait admissible compte tenu des actes de corruption et de fraude de Fraport. Il consid\u00e9ra que, compte tenu qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de prouver la corruption sur la base de preuves directes, des preuves circonstancielles pourraient \u00eatre examin\u00e9es, mais elles doivent \u00eatre claires et convaincantes pour que l\u2019on puisse raisonnablement croire que les faits, tels qu\u2019avanc\u00e9s, se sont produits. En l\u2019esp\u00e8ce, apr\u00e8s examen des soumissions et preuves sous-jacentes, le tribunal n\u2019\u00e9tait pas convaincu que les crit\u00e8res \u00e9taient satisfaits.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h3><em>Pas de comp\u00e9tence sur les demandes reconventionnelles <\/em><em>\u00a0<\/em><\/h3>\n<p>Les Philippines ont formul\u00e9 douze demandes reconventionnelles, principalement fond\u00e9es sur le fait que le parach\u00e8vement tardif du nouveau terminal \u00e9tait imputable \u00e0 Fraport ou \u00e0 PIATCO. Le pays argua que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab\u00a0tous types de divergences [&#8230;] relatives \u00e0 un investissement\u00a0\u00bb dans l\u2019article 9 du TBI repr\u00e9sente le consentement des parties \u00e0 l\u2019arbitrage des demandes reconventionnelles. Il argua ensuite que le lien factuel \u00e9troit entre le recours original et les demandes reconventionnelles signifie que ces derni\u00e8res d\u00e9coulaient directement de l\u2019aspect mat\u00e9riel du diff\u00e9rend aux fins de la r\u00e8gle 40(1) du r\u00e8glement d\u2019arbitrage du CIRDI.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9termin\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait pas comp\u00e9tence sur le recours de Fraport, le tribunal consid\u00e9ra toutefois qu\u2019il n\u2019avait pas comp\u00e9tence sur les demandes reconventionnelles du d\u00e9fendeur, compte tenu du lien n\u00e9cessaire avec le fond du diff\u00e9rend, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article 46 de la Convention du CIRDI.<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<h3><em>Le principe selon lequel la partie qui succombe est condamn\u00e9e aux d\u00e9pens est appropri\u00e9 dans une certaine mesure<\/em><\/h3>\n<p>Le tribunal remarqua que si traditionnellement les parties \u00e0 un arbitrage en mati\u00e8re d\u2019investissement payaient leurs propres frais juridiques et partageaient les co\u00fbts de l\u2019arbitrage, plusieurs affaires se sont \u00e9loign\u00e9es de ce principe et ont condamn\u00e9 aux d\u00e9pens la partie qui succombe. En l\u2019esp\u00e8ce, il consid\u00e9ra que l\u2019application de ce principe \u00e9tait appropri\u00e9e dans une certaine mesure, et a ordonn\u00e9 Fraport de payer 5 millions USD pour couvrir les frais et co\u00fbts du d\u00e9fendeur.<\/p>\n<p><em>Remarques\u00a0:<\/em> Le tribunal \u00e9tait compos\u00e9 de Piero Bernardini (pr\u00e9sident nomm\u00e9 sur accord des parties, de nationalit\u00e9 italienne), de Stanimir A. Alexandrov (nomm\u00e9 par le demandeur, de nationalit\u00e9 bulgare), et d\u2019Albert Jan van den Berg\u00a0(nomm\u00e9 par le d\u00e9fendeur, de nationalit\u00e9 hollandaise). La d\u00e9cision finale du 10 d\u00e9cembre 2014 est disponible sur <a href=\"http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4114.pdf\">http:\/\/www.italaw.com\/sites\/default\/files\/case-documents\/italaw4114.pdf<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><a name=\"_ftn1\"><\/a><\/strong><strong>Auteurs\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Martin Dietrich Brauch<\/strong> est conseiller en droit international et travaille au Br\u00e9sil pour le programme Investissement \u00e9tranger et d\u00e9veloppement durable \u00e0 l\u2019IISD.<\/p>\n<p><strong>Marquita Davis<\/strong> est \u00ab\u00a0Geneva International Fellow\u00a0\u00bb de la Facult\u00e9 de droit de l\u2019Universit\u00e9 de Michigan et stagiaire aupr\u00e8s du programme Investissement \u00e9tranger et d\u00e9veloppement durable \u00e0 l\u2019IISD.<\/p>\n<p><strong>Matthew Levine<\/strong> est avocat au Canada et contributeur du programme Investissement \u00e9tranger et d\u00e9veloppement durable de l\u2019IISD.<\/p>\n<p><strong>Joe Zhang <\/strong>est conseiller en droit international et travaille pour le programme Investissement \u00e9tranger et d\u00e9veloppement durable \u00e0 l\u2019IISD.<\/p>\n<script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips13','Commission des Nations Unies pour le droit commercial international'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips18','International Centre for Settlement of Investment Disputes'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips22','Accord de libre-\u00e9change nord-am\u00e9ricain'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips24','Centre international pour le r\u00e8glement des diff\u00e9rends relatifs aux investissements'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips32','International Institute for Sustainable Development<!--more-->'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips33','Institut international du d\u00e9veloppement durable'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips34','Instituto Internacional para el Desarrollo Sostenible'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips63','Bilateral investment treaty'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips67','Energy Charter Treaty'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips69','fair and equitable treatment'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips72','Investment Court System'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips76','multilateral investment court'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips85','Organisation internationale du travail'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips86','Organizaci\u00f3n Mundial del Trabajo'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips89','trait\u00e9 bilat\u00e9ral d\u2019investissement'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips90','tratado bilateral de inversi\u00f3n'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips93','traitement juste et \u00e9quitable'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips94','trato justo y equitativo'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips100','investissement direct \u00e9tranger'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips101','nation la plus favoris\u00e9e'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips104','responsabilit\u00e9 sociale des entreprises'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips104','responsabilit\u00e9 sociale des entreprises'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips106','asociaci\u00f3n p\u00fablica-privada'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips114','Sistema de Tribunales de Inversiones'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips116','European Commission'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips117','European Union'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips118','Union europ\u00e9enne'); <\/script><script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips119','Uni\u00f3n Europea'); <\/script>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon un tribunal de la <span class='tooltipsall tooltipsincontent classtoolTips13'>CNUDCI<\/span>, l\u2019\u00e9valuation environnementale du Canada viole la norme minimale de traitement et le traitement national William Ralph Clayton, William Richard Clayton, Douglas Clayton, Daniel Clayton [&hellip;]<script type=\"text\/javascript\"> toolTips('.classtoolTips13','Commission des Nations Unies pour le droit commercial international'); <\/script><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":15869,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[577],"tags":[],"class_list":["post-10142","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-itn"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10142","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10142\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15869"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.iisd.org\/itn\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}