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A smiling Tanzanian woman grabs a head of corn in a corn field
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Avec 14 milliards de dollars américains en plus par an, nous pouvons éradiquer la faim, doubler les revenus des fermiers les plus pauvres et atteindre les objectifs climatiques

Il est désormais temps de centrer cette vague mondiale de créativité et cet engagement financier sur les pays les plus pauvres afin d’éradiquer la faim une bonne fois pour toutes.
By Richard Florizone, Carin Smaller on October 12, 2020

Les dépenses de fonds publics réalisées par les gouvernements pour faire face à la pandémie de COVID-19 dans l’espoir de construire un monde meilleur pour nos enfants et de protéger les personnes les plus vulnérables sont inédites. Du jour au lendemain, des expériences sociales et économiques que personne n’aurait jamais osé envisager sont devenues réalité. Il est désormais temps de centrer cette vague mondiale de créativité et cet engagement financier sur les pays les plus pauvres afin d’éradiquer la faim une bonne fois pour toutes.

Comment le faire efficacement, de manière responsable et durablement?

Au terme de trois ans de recherche intensive sous la direction de l’IISD, de l’Université Cornell et de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), et en partenariat avec l’éditeur universitaire Nature Research, nous avons conclu que si les donateurs doublent leurs contributions actuelles destinées à l’agriculture et à la sécurité alimentaire, et si nous dépensons ces fonds plus judicieusement, nous pouvons non seulement éradiquer la faim, mais également appuyer financièrement les producteurs en difficultés et protéger le climat.

Les donateurs dépensent actuellement 12 milliards de dollars américains par an au titre de la sécurité alimentaire et de la nutrition. Nos calculs révèlent qu’il faut 14 milliards de dollars américains supplémentaires par an pour parvenir à cet objectif en trois volets. Cependant, pour comprendre la manière dont nous sommes parvenus à ce chiffre, il importe tout d’abord d’examiner les liens entre d’une part la crise alimentaire et la crise climatique et d’autre part les systèmes alimentaires et agricoles.

La pandémie de COVID-19 a causé un arrêt brusque et dramatique des économies mondiales, sabrant les revenus de millions de personnes de par le monde, ce qui a immédiatement accru la menace de famine pour 95 millions de personnes supplémentaires. Bien que l’avènement de la crise climatique n’ait pas été aussi rapide et spectaculaire, elle n’en est pas moins létale. Les changements climatiques exposent déjà les systèmes alimentaires à des risques accrus (il suffit de penser aux sécheresses et aux inondations, aux régimes climatiques moins prévisibles, à la propagation de nouveaux nuisibles et maladies), qui nuisent à la production et aux marchés de produits de base tout en accroissant les coûts.

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En revanche, les systèmes alimentaires et agricoles ont été identifiés comme une source considérable d’émissions de gaz à effet de serre (GES) (disponible uniquement en anglais), les plus importantes étant liées à l’expansion des terres agricoles, aux émissions de méthane par le bétail et la production de riz, et à la production d’oxyde nitreux par les engrais synthétiques. C’est la raison pour laquelle les chercheurs du projet Ceres2030 voulaient trouver des solutions à la faim tout en maintenant les niveaux des émissions de GES pour l’agriculture en deçà des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.

Alors que nous cherchons des solutions, il importe de remarquer qu’à ce jour d’Importants investissements publics ont été voués au développement de cultures résistantes au climat avec un certain succès : de nouvelles variétés ont démontré leur valeur face à des éléments de stress tels que la sécheresse, la chaleur, les inondations, la salinité, les nouveaux nuisibles et les changements de durée des saisons de croissance. Toutefois, les producteurs les plus pauvres qui souhaitent les adopter se heurtent à des obstacles.

La recherche Ceres2030 indique qu’il faut mieux soutenir l’adoption de nouvelles pratiques et de technologies écologiques, particulièrement s’agissant des services de formation et d’extension adéquats destinés aux producteurs pauvres. Toutefois, les niveaux d’éducation et l’accès au financement sont également fondamentaux. Les cultures résilientes face au climat qui ont le plus de succès sont celles qui sont fiables, faciles à cultiver, qui sont accessibles par l’entremise d’un vaste éventail de distributeurs et produisent une récolte en demande sur le marché.

L’’une des organisations avec lesquelles l’IISD collabore, à savoir une coalition d’organisations canadiennes appelée Fermiers pour la transition climatique, a produit une proposition en cinq points pour un plan de reprise après la pandémie de COVID-19. Le plan est très similaire aux principales conclusions de l’enquête Ceres2030 selon laquelle il existe de solides preuves que les organisations de fermiers sont importantes pour le bien-être de ces derniers, que l’apprentissage auprès de pairs constitue un mode efficace mais sous-évalué pour appuyer l’adoption de nouvelles technologies, que les incitatifs publics jouent un rôle positif dans l’évolution des pratiques agricoles vers un plus grand respect du climat et la réduction du risque connexe aux changements climatiques, et que les jeunes agriculteurs ont cruellement besoin de davantage de soutien.

S’agissant du soutien, les gouvernements n’ont jamais été aussi bien équipés pour répartir leurs dépenses intelligemment. Nous en savons davantage, nous possédons une plus vaste expérience sur laquelle nous appuyer et nous disposons des moyens économiques dont aucune génération antérieure n’a jamais pu profiter.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous utilisons nos résultats de recherche pour exhorter tous les donateurs à doubler leurs contributions au titre de la sécurité alimentaire et de la nutrition et enfin débarrasser le monde de la faim tout en protégeant le climat. Avec 14 milliards de dollars américains supplémentaires par an, nous pouvons stimuler des politiques et des pratiques qui développent des systèmes alimentaires plus résilients, nous pouvons renforcer les règles sur les investissements qui favorisent la sécurité alimentaire, et nous pouvons le faire de manière inclusive et durable du point de vue de l’environnement.

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