The Knowledge to Act
More

Blog

Raisons pour lesquelles nous devrions nous inquiéter à propos de la richesse du Canada

Share This

By Scott Vaughan, Robert Smith, February 7, 2017

Les électeurs des démocraties occidentales sont en colère. La mondialisation ayant déplacé les emplois à l’étranger et les innovations technologiques visant en supprimer maints autres, la situation des emplois et de leur rémunération les inquiète.

L’insécurité culturelle causée par l’intolérance à l’échelle communautaire et les plus importants changements survenus depuis des décennies révèlent une augmentation inquiétante du nationalisme économique et politique, de la démondialisation et du protectionnisme commercial. 

L’inégalité des revenus est un important moteur de ces changements. Selon la Banque mondiale, un milliard de personnes, dont un très grand nombre vivent en Chine, sont sorties de la pauvreté au cours des dix dernières années. Néanmoins, on estime que 767 millions de personnes continuent aujourd’hui à vivre dans une pauvreté extrême. Pour 23 pays, principalement des pays d’Afrique, on estime que le revenu des 40 pour cent les plus défavorisés a décliné au cours des dernières années. Il ne s’agit toutefois que d’estimations, car la piètre qualité des données dans de nombreux pays se traduit par le fait que nous manquons de statistiques solides pour mesurer la situation à l’échelle nationale, sans parler de l’échelle des foyers individuels.   

L’analyse de la Banque mondiale révèle que malgré la réduction de l’inégalité des revenus entre pays, l’inégalité au sein même des pays a augmenté. Elle est plus importante qu’il y a trente ans. L’économiste français Thomas Piketty a averti que les politiques publiques devraient être axées sur la « spirale sans fin de l’inégalité » connexe à la mondialisation, et cela sans attendre [traduction]. Selon lui, il faudrait obtenir de meilleures données et une analyse plus approfondie pour comprendre la relation entre la mondialisation et l’inégalité.

C’est exactement ce qu’a fait un nouveau rapport publié par l’Institut international du développement durable. Ses auteurs se sont penchés sur la situation des Canadiens au cours des trente dernières années; situation mesurée non pas en fonction du produit intérieur brut (PIB), mais du patrimoine compréhensif. Alors que le PIB est devenu l’un des indicateurs mondiaux ayant le plus d’influence—utilisé quotidiennement par les ministres des Finances, les investisseurs et les foyers—il est, de par sa conception même, axé très étroitement sur le revenu. Ce que Thomas Piketty et maints autres demandent, c’est la mesure de notre richesse collective. Plutôt que de mesurer des flux de revenu trimestriel, comme le fait le PIB, le patrimoine compréhensif mesure les actifs fondamentaux qui, ensemble, constituent l’assise du bien-être  sociétal. Ces actifs sont le capital naturel (nos terres, ressources et écosystèmes), le capital produit (ponts, métros, bâtiments et autres infrastructures similaires), le capital social (confiance et coopération résultant de normes communes) et, ce qui est le plus important, notre capital humain.

Alors, quels sont les résultats du Canada depuis trente ans? En bref, pas très bons. Le patrimoine compréhensif du pays a presque stagné, croissant de moins de 0,2 pour cent par an, compte tenu de l’inflation et de l’augmentation de la population. Il s’agit du taux de croissance du patrimoine compréhensif le plus bas des pays membres du G7.

Selon notre rapport, trois préoccupations très inquiétantes sous-tendent ce piètre résultat. La première concerne le capital humain, qui constitue 80 pour cent de notre richesse. Malgré le fait qu’un nombre jamais égalé de Canadiens investissent dans l’éducation, la formation et les diplômes, leurs gains moyens pendant la durée d’une vie sont aujourd’hui exactement les mêmes qu’en 1980.  Étant donné que l’expression « Canadien moyen » recouvre les personnes dont les perspectives de gains se sont améliorées, cela suggère que pour certains, les gains moyens pendant une vie ont décliné au cours des trente dernières années.

La deuxième préoccupation quant au piètre résultat du Canada dans le domaine de la richesse concerne notre capital naturel. Au cours des trente ans se terminant en 2013, dernière année de notre analyse,  notre inventaire de capital naturel a diminué de 25 pour cent, un chiffre tout à fait étonnant. Une partie de ce capital, par exemple l’argent et le plomb, a été presque complètement épuisé. Une autre, dont  notamment le pétrole et le gaz, a subi des pressions encore plus fortes en raison de l’effondrement des prix du pétrole à l’échelle mondiale en 2015. De nouvelles données très récemment publiées par Statistique Canada indiquent que la valeur des sables bitumineux est passée d’environ 535 milliards de dollars en 2014 à juste 50 milliards en 2015. À moins que les prix du pétrole ne remontent, cette perte massive de richesse, soit plus de 115,000$ pour chaque Albertain, pourrait s’avérer permanente.  

Seul le capital produit a accusé une solide croissance pendant la période étudiée (une croissance moyenne de 1,7 pour cent par an). Cependant, près de 70  pour cent de l’investissement dans le capital produit étaient concentrés dans seulement  deux secteurs : le logement et l’exploitation pétrolière et gazière. L’instabilité des prix des logements est notoire. Ainsi, la Banque du Canada a récemment prévenu qu’un détenteur d’hypothèque à « proportion élevée » sur trois ne serait pas admissible à un financement en vertu des nouvelles règles adoptées par le gouvernement fédéral. Le pétrole et le gaz non seulement font face à une volatilité à court terme, mais à des déclins à long terme dus aux promesses faites par le Canada (et 165 autres pays) lors du sommet de Paris sur les changements climatiques de réduire de 80 pour cent l’utilisation des combustibles fossiles.

Étant donné l’importance de ce qu’a révélé notre rapport, on pourrait assumer que le gouvernement fédéral et ceux des provinces surveillent déjà le patrimoine compréhensif du Canada, et le renforcent activement. Cependant, ce n’est malheureusement pas le cas. Aucun gouvernement au Canada, ni ailleurs dans le monde, ne mesure le patrimoine compréhensif. Les pouvoirs publics ne peuvent prendre de mesures à l’égard de ce qui n’est pas évalué. Nous sommes convaincus qu’il est temps de remédier à cette situation.