Compte à Rebours
FORÊTS 97
Bienvenue au compte à rebours de l'action individuelle et
collective pour les forêts de la planète! Au cours de la
prochaine année, la communauté internationale doit décider
ce qu'elle fera pour résoudre la crise galopante des forêts
à l'échelle mondiale. Au printemps de 1997, de nombreux
pays du monde participeront, à New York, à la cinquième
session de la Commission du développement durable de l'ONU
(CDD) pour y prendre des décisions importantes sur de vastes réformes
touchant les forêts. Une telle concertation à l'échelle
internationale ne s'est jamais vue.
La tâche est énorme et l'urgence, extrême. Qui
plus est, les thèmes de ce dialogue international sont très
complexes. L'Institut international de développement durable
(IIDD) lance son bulletin Compte à rebours 97 pour
aider les décideurs à s'y retrouver dans une foule de
sujets complexes qui se recoupent. Dans les huit numéros de
Compte à rebours, nous renseignerons le lecteur sur les
principales questions qui seront abordées lors de ces
entretiens et sur leur portée.
Les articles de Compte à rebours viendront compléter
la couverture détaillée des négociations
internationales dans le domaine forestier que fournit une autre
publication de l'Institut, intitulée Earth Negotiations
Bulletin. Ce bulletin renferme des résumés complets
et opportuns des négociations en cours; on y explique notamment
la position des divers pays, et l'on y donne les dates de réunion,
les coordonnées des personnes-ressources ainsi que d'autres
faits saillants. Pour sa part, Compte à rebours se
consacre aux thèmes significatifs dont s'occupent le groupe
intergouvernemental de l'ONU sur les forêts (GIF), la Commission
mondiale des forêts et du développement durable (CMFDD) Ä
organisme extragouvernemental Ä ainsi qu'une foule d'autres
organes internationaux qui se penchent sur les critères et les
indicateurs de la gestion durable des forêts.
Dans ce premier numéro, nous publions en primeur les thèmes
du dialogue international sur les politiques forestières. Nous
examinons ensuite deux des questions les plus difficiles auxquelles le
GIF aura à faire face lors de sa réunion du mois de
mars, à Genève : premièrement, les causes
profondes de la déforestation et du dépérissement
des forêts, ainsi que la difficulté de les étudier
de façon cohérente et systématique; deuxièmement,
le financement international et le transfert de technologie, de même
que l'urgente nécessité de surmonter les différences
Nord-Sud dans ces domaines.
Si l'on veut que le dialogue international sur les politiques
forestières débouche sur une action positive, les négociateurs
et les pays participants devront faire preuve de deux grandes qualités
essentielles : la volonté d'écouter et de comprendre, et
la volonté politique d'agir.
Aperçu des discussions sur les forêts à l'échelle
mondiale
On peut diviser le dialogue international sur les politiques forestières
en trois grands volets, qui se recoupent parfois :
1. Le groupe intergouvernemental sur les forêts. Le GIF
est un projet de deux ans que la Commission du développement
durable de l'ONU a lancé à sa troisième réunion,
au printemps de 1995. Il étudie les questions relatives aux forêts
à l'échelle mondiale plus en profondeur qu'il n'a été
possible de le faire à la troisième session de la CDD. Il
se propose de formuler des recommandations sur la gestion durable des
forêts à l'échelle du globe lors de la cinquième
session de la CDD, au printemps de 1997. Quatre réunions
intergouvernementales «ouvertes» sont consacrées à
dix éléments de programme clés. Vous trouverez dans
la case 1 la liste des sujets de discussion des sessions qui restent. Au
moins neuf réunions supplémentaires sont prévues
pour des entretiens plus approfondis sur certains thèmes, pour
faire avancer l'analyse de façon à en présenter les
résultats au printemps de 1997.
2. La Commission mondiale des forêts et du développement
durable.La CMFDD est un organisme indépendant mis sur pied
par le conseil d'interaction des anciens chefs d'État en juin
1995. Parmi les membres figurent des chefs de file de l'hémisphère
nord et de l'hémisphère sud dans les domaines de
l'environnement et du développement. La Commission prévoit
présenter vers le milieu de 1997 un rapport sur les réformes
stratégiques et institutionnelles nécessaires à l'échelle
internationale et régionale pour gérer les forêts de
façon équitable et durable. La première audience
publique aura lieu du 3 au 8 mars 1996, à Jakarta, et quatre
autres se dérouleront plus tard en Amérique du Nord, en Amérique
du Sud, en Afrique et en Russie.
Le programme de travail de la CMFDD se divise en trois grands volets
: 1) l'utilisation et la gestion durables et équitables des forêts;
2) le commerce des produits forestiers et l'environnement; 3) les mécanismes
financiers, les accords internationaux et le rôle des organismes
mondiaux. Les groupes de travail chargés des deux premières
grandes questions entameront leurs discussions à Jakarta. 3.
Le dialogue sur les critères et les indicateurs. Plusieurs
organes internationaux s'efforcent actuellement d'établir des
critères et des indicateurs fermes et significatifs dans le
domaine de la gestion durable des forêts (notamment, les
processus de Montréal et de Helsinki, le Forest Stewardship
Council et l'Organisation internationale de normalisation). Nous
consacrerons un numéro de Compte à rebours à
cette question.
Case 1 Sujets de discussion du GIF
Session 2 (Du 11 au 22 mars 1996, à Genève)
- Causes profondes de la déforestation et du dépérissement
des forêts (I.2)
- Écosystèmes fragiles menacés par la désertification,
et effet des polluants atmosphériques sur les forêts
(I.4)
- Les besoins des pays en développement où les forêts
sont rares (I.5)
- Coopération internationale en matière d'aide
financière et de transfert de technologie (II)
- Évaluation et valorisation des multiples avantages des forêts
(III.1)
Session 3 (Septembre 1996)
- Plans nationaux d'utilisation des forêts et des sols (I.1)
- Préservation et exploitation des connaissances
traditionnelles sur les forêts (I.3)
- Critères et indicateurs relatifs à la gestion
durable des forêts (III.2)
- Le commerce des produits forestiers et l'environnement (IV)
- Organismes internationaux, et institutions et instruments
multilatéraux, y compris les mécanismes juridiques
appropriés (V)
Session 4 (Mars 1997)
- Étude finale de toutes les questions qui feront l'objet de
la cinquième session de la CDD, au printemps de 1997, ainsi
que de tous les moyens d'action qui y seront recommandés.
Vers l'élimination systématique des causes profondes
de la déforestation
On a fait une foule de déclarations générales
sur l'importance de s'attaquer aux causes de la déforestation
et du dépérissement des forêts dans le passé,
mais le problème demeure entier : comment la communauté
internationale peut-elle enrayer ces causes d'une manière systématique?
La déforestation et le dépérissement des forêts
ont de multiples causes profondes, directes et indirectes, qui varient
d'un pays à l'autre et d'une situation à l'autre. Il
faudra donc s'y prendre de diverses façons pour les éliminer.
Il serait utile, par exemple, de dresser tout simplement la liste
des problèmes systémiques possibles et des moyens de les
résoudre. Nous en présentons une dans la case 2 pour
aider le lecteur à mieux comprendre les enjeux. L'utilité
de cette liste, à notre avis, c'est qu'elle présente
plusieurs façons d'aborder la question de la diminution des
espaces boisés.
Par souci de respecter la souveraineté des pays, les mesures
correctives sont divisées en deux catégories : mesures
internationales et mesures nationales. Comme le GIF fonctionne à
l'échelle internationale et intergouvernementale, ses
recommandations concernant les causes profondes de la déforestation
toucheront probablement des problèmes sur lesquels un pays
agissant seul n'a aucune prise. Un accord international permettrait
ensuite aux divers pays d'appliquer chacun chez eux les réformes
proposées.
Case 2 Aide-mémoire pour l'analyse et l'élimination
des causes profondes de la déforestation et du dépérissement
des forêts
Les décideurs pourront trouver cet aide-mémoire
utile pour se rappeler toute la gamme des problèmes et des
correctifs possibles dans le domaine de la déforestation et du
dépérissement des forêts.
Quelques causes profondes
- Manipulation de l'économie ou manipulation des marchés
- Pauvreté
- Manipulation des politiques, en particulier encouragement de
l'exploitation non durable des forêts et de la spéculation
foncière
- Fragilité du statut d'occupation et droits de propriété
obscurs
- Aucune possibilité de gagne-pain
- Intervention ou application des règlements déficientes
ou inexistantes de la part du gouvernement
- Développement infrastructurel, industriel ou des
communications
- Répartition inéquitable des produits et des
avantages de la forêt
- Technologies nouvelles
- Pressions de la population entraînant la rareté des
terres
- Agitation sociale dans le pays
- Politique internationale, accords institutionnels et commerciaux
Orientation des mesures correctives
ACTION DES ÉTATS SOUVERAINS SUR LEUR TERRITOIRE :
- Réforme des modes d'occupation
- Meilleure planification de l'utilisation des forêts et des
sols (en particulier, une vision claire de l'avenir des forêts)
- Examen des effets positifs et négatifs des politiques
forestières actuelles
- Coordination intersectorielle des politiques
- Amélioration des outils (notamment l'infrastructure, les
institutions et la formation)
- Accroissement des ressources nécessaires à
l'analyse systématique des politiques forestières
- Amélioration de la collecte et de l'analyse des données
- Révision des conditions d'octroi ou de renouvellement des
concessions forestières
- Amélioration de l'accès à l'information
- Amélioration des normes environnementales
- Accroissement de la participation des groupes concernés à
la prise de décisions
- Réforme macroéconomique
- Accès au crédit et au microcrédit, à
la technologie et aux marchés
- Statut d'occupation des terres forestières, gestion
communautaire, cogestion et partage des produits et des avantages de
la forêt
- Accroissement de la responsabilité
- Crédits accordés à l'éducation et à
la culture
- Autres mesures touchant le développement communautaire et
la lutte contre la pauvreté
Orientation de L'Action Internationale
- Réforme des organismes internationaux, notamment du rôle
de la FAO, relativement à la question des forêts dans
le monde
- Réforme des accords commerciaux internationaux touchant
les produits forestiers, laquelle se répercutera entre autres
sur l'Organisation mondiale du commerce et l'Organisation
internationale des bois tropicaux
- Accroissement de l'aide financière internationale,
notamment la mise en place de mécanismes financiers
innovateurs
- Amélioration du transfert de technologie aux pays défavorisés
- Amélioration de la communication et de la collaboration
internationales (voir, par exemple, les changements récents
dans la planification des projets du PNUD et de la Banque mondiale
avec les pays bénéficiaires)
- Élimination des inégalités internationales
dans la répartition des produits et des avantages des forêts
- Amélioration de la compréhension du rôle des
forêts dans diverses sociétés
- Accroissement de la responsabilité internationale, lequel
se répercutera notamment sur l'accréditation et le
commerce
- Résolution des divergences d'opinion au sujet des droits
de propriété intellectuelle aux connaissances
relatives à la forêt
-Tiré de documents du GIF, de la CMFDD et de l'IIDD.
Financement international et transfert de technologie
Voilà une question très controversée et très
politisée. Quiconque s'intéresse à l'issue des négociations
internationales dans le domaine des forêts aura avantage à
l'étudier de près. En fait, cette question risque de
faire échouer les négociations, car elle fait toujours
l'objet de divergences entre les pays de l'hémisphère
nord et ceux de l'hémisphère sud.
On s'entend toutefois pour dire que les initiatives internationales
de lutte contre la déforestation dans les pays en développement
sont sous-financées. Selon le plan Action 21, il faudrait
investir chaque année 31,25 milliards de dollars US (montant
net) à ce chapitre. Or l'investissement réel dans les
forêts à l'échelle mondiale est négatif à
l'heure actuelle, si l'on tient compte des pertes résultant de
la déforestation.
Une nouvelle réalité politique semble émerger
dans les pays industrialisés et les pays donateurs. En effet,
les compressions budgétaires et la rationalisation des coûts
risquent de compromettre l'aide financière dans le domaine des
forêts. Il faut donc trouver d'autres modes de financement.
Un autre débat se dessine à l'horizon. Selon des
documents du GIF, le financement du Fonds mondial pour l'environnement
(FME) devrait être étendu aux projets forestiers
mondiaux, mais certains pays s'y opposent. On s'attend à de
chauds débats sur cette question lors de la réunion du
GIF en mars.
En dépit de cette controverse, un certain nombre de solutions
ont été proposées pour permettre de sortir de
l'impasse, notamment des mécanismes financiers innovateurs
comme des taxes spéciales, l'établissement des prix à
partir du coût complet et la vente d'obligations de gestion. Ces
moyens de financement permettent généralement de miser
sur des avantages de la forêt sous-estimés jusqu'ici,
comme le piégeage du carbone, la purification de l'air et la rétention
de l'eau.
Si les pays de l'hémisphère nord et ceux de l'hémisphère
sud ont du mal à s'entendre sur le financement à partir
des budgets existants, ils accepteront peut-être plus facilement
ces nouveaux mécanismes. Un atelier international sur la
question aura lieu du 4 au 7 juin 1996 en Afrique du Sud, sous le
triple parrainage du Danemark, de l'Afrique du Sud et du PNUD. Parmi
les autres solutions proposées pour remédier aux problèmes
de financement, citons les suivantes : une collaboration plus étroite
entre les pays donateurs et les pays bénéficiaires dans
la prise de décisions concernant les forêts, et de
nouveaux incitatifs pour mobiliser des fonds communautaires et privés
en vue de la gestion durable des forêts.
Abréviations utilisées dans le présent numéroCDD
: Commission du développement durable de l'ONU CMFDD :
Commission mondiale des forêts et du développement durable FAO
: Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture FME
: Fonds mondial pour l'environnement GIF : groupe
intergouvernemental sur les forêts IIDD : Institut
international de développement durable PNUD : Programme des
Nations Unies pour le développement
Principales ressources Internet concernant les forêtsCountdown
Forests 97/Compte à rebours Forêts 97 Earth
Negotiations Bulletin Documents
du GIF World Commission on Forests
and Sustainable Development |